“Le Pen m’a fait beaucoup de mal”

Date de publication : 09/06/2015

Patron de Morancé Soudure et d’entreprises en Afrique, ex-président du club de football de Villefranche et ex-élu à la CCI, Jean-Pierre Barbier est un notable du Beaujolais. Il est pourtant candidat du FN depuis près de 30 ans. Aux dernières départementales, ce personnage atypique a même réalisé un score de 47 % au deuxième tour dans le canton de Gleizé. Il analyse la crise qui touche le Front National. Sans langue de bois. Par Maud Guillot

Que pensez-vous de la crise que traverse le Front National ?

Jean-Pierre Barbier :
Moi, je comprends ces choses là, parce que je vis un peu la même chose dans mon entreprise. Quand on a du pouvoir, on a du mal à le laisser. Surtout à ses enfants alors même qu’on les adore. On a du mal à se dire que notre temps est fini. Quand on est un émir ou un chef, vous pensez que ça fait plaisir de s’entendre dire qu’on est vieux, dépassé et qu’on doit la fermer ? Surtout quand on a la niaque comme lui. Ce sens du combat, c’est ce qui lui a permis de réussir.

C’est ce sens de combat qui l’a poussé à intervenir lors du 1er mai et à "répudier” sa fille ?

Non, là, il est allé trop loin. Je peux même dire que Jean-Marie Le Pen m’a fait beaucoup, beaucoup de mal. Je pensais qu’il partirait tête haute, mains propres. A nos âges, on est des encyclopédies qu’on consulte, on ne fait pas la révolution ! Mais il a préféré s’accrocher. Je ne peux pas supporter ce qu’il a fait et dit à sa fille lors du 1er mai. Lui dire qu’il veut la répudier, qu’elle ne doit plus porter son nom, c’est de la haine. Je savais qu’il était dur et intransigeant, je l’avais vu avec Mégret ou Bompard, mais là je ne comprends pas. Il a quand même sacrifié Gollnisch pour placer sa fille. Si c’est pour ensuite la vilipender... Personnellement, je commence à me dire que j’ai été leurré pendant 30 ans.

Vous comprenez donc qu’il ait été suspendu ?
Je comprends cette décision. Mais j’ai été son complice pendant toutes ces années. Je trouvais injuste la façon dont on le traitait. Il était un des seuls à défendre les gens comme moi, les sans diplômes, les petits entrepreneurs, les sans grade. Or le FN, aujourd’hui, est dirigé par des énarques et des polytechniciens parisiens. Ils n’ont jamais travaillé, ni fait une fiche de paie. Ils ont du mépris pour la Province. Bref, ce sont des professionnels de la politique comme dans les autres partis! Ils ont donc pris une décision légitime, mais eux n’étaient pas légitimes pour le faire. Je ne supporte pas cette danse du scalp autour du vieux...

Il existe une réelle fracture idéologique entre Marine Le Pen et son père ou c’est juste une histoire de famille ?

Marine est beaucoup moins libérale que son père sur le plan économique. Il y a des moments, je ne sais pas qui la conseille, mais il est difficile d’être toujours d’accord.

Est-elle moins antisémite que son père ?

Mais j’ai souvent discuté avec Jean-Marie Le Pen, s’il avait été raciste et antisémite, je ne serais pas resté. 

Vous plaisantez !
Non, il a juste le courage de dire les choses. Quand on subit une crise économique comme la nôtre, on ne peut plus accueillir d’immigrés. Même en Afrique, que je connais très bien, quand il n’y a rien à manger dans l’assiette, c’est l’étranger qui prend tout. Il y a donc ce que vous appelez du racisme. Mais chaque pays doit défendre les intérêts de son propre peuple.

Mais les dérapages antisémites, on ne les a pas inventés ?
C’est vrai. Mais on revient sans arrêt sur cette période historique alors qu’il y a une nouvelle forme de "nazisme” qui se développe et contre lequel on ne fait pas grand chose, c’est ce djihadisme. Avec nos belles valeurs morales, on est allé tuer Kadhafi, alors que je l’affirme, il faisait du bien aux Africains. Il mettait de l’ordre. Maintenant, il n’y a plus de route, plus de nourriture. Vous croyez que les Africains sont contents d’avoir la liberté de parler le ventre vide ?


Ça ne vous empêche pas d’y faire du business...

Mais moi, je leur donne du travail. Les actions sont meilleures que les paroles. Je fais travailler près de 800 personnes, notamment en Guinée. Je pense que les Africains sont mieux en Afrique. Ça passe par le développement économique. Ensuite, ils peuvent venir faire du tourisme en France pour y dépenser leur argent ! Mais je vois au fond des villages, les gamins regardent la télé et ils rêvent de l’Europe.... Ils partent et se retrouvent chez nous exploités. 


Vous n’êtes pas une sorte de "colon” ?
Non, moi je sors de la rue, comme eux. Je leur dis qu’ils vont s’en sortir s’ils s’en donnent la peine. Et ils me donnent des distinctions pour ça, en Afrique, alors qu’en France certains ne me serrent pas la main !

Justement, vous avez vu un changement dans la façon dont on vous considère depuis l’arrivée de Marine Le Pen ?
Personnellement, je n’ai jamais été gêné par cette étiquette politique. Sur notre territoire, ce qui compte, ce sont des valeurs de travail, d’effort, de respect des autres. La plupart des gens s’en foutent que je sois au Front national tant que je les respecte. Je n’avais pas de diplôme. J’ai créé une entreprise tout seul, à force de travail. 
Mais il y a 30 ans, être au FN, ça ne devait pas être simple...
Moi, j’ai toujours assumé. Mais ça a surtout été dur pour mes enfants. A cause de moi. Mais j’ai toujours respecté tout le monde. Un type qui était communiste, tant qu’il bossait, ça se passait bien. C’est avec les cons que j’ai du mal, pas avec les religions ou les couleurs de peau !


Vous ne pensez pas que cette éviction de Jean-Marie Le Pen pourrait permettre au FN de progresser encore ?
Je ne sais pas. En tout cas, je ne veux pas devenir fréquentable. Je ne veux pas être proche de l’UMP, ces gens qu’on a combattus et qui nous ont toujours pris pour de la merde. Donc si pour prendre le pouvoir, on renie nos convictions, je ne suis pas d’accord.

Vous aviez quitté le FN au moment de la rupture avec Mégret, vous pensez quitter le FN cette fois-ci ?

A l’époque, je trouvais que Bruno Mégret faisait un boulot énorme au Front National. Notamment en termes de formation. Et que cette rupture était dommage. Mais cette fois-ci j’hésite. Je suis fidèle à des élus de terrain comme Boudot à Lyon. Mais j’attends de voir l’attitude de Jean-Marie Le Pen. S’il continue, j’irai à la pêche et je ne voterai plus jamais de ma vie. 

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