Un doggy-bag lyonnais contre le gaspillage alimentaire

Date de publication : 09/06/2015

Mag2 Lyon consacre une rubrique aux Lyonnais qui se lancent ou ont déjà réalisé un bon départ. Ce mois-ci, Victor Marostegan, qui a créé avec ses deux associés Take Away, un service de doggy-bag élégant pour lutter contre le gaspillage alimentaire. Par Marie Veronesi

Quel est le concept de Take away ?
Victor Marostegan :
Proposer aux restaurateurs un packaging design et tendance à leurs clients qui n’auraient pas terminé soit leur repas soit leur bouteille de vin, afin de lutter contre le gaspillage alimentaire dans la restauration commerciale.

Le concept de doggy bag n’est pas nouveau, qu’est ce que vous apportez de plus ?

On a travaillé le produit pour qu’ils soit chic et design, afin qu’il soit accepté par les consommateurs français. Suite à une étude de marché, on a vu que ça ne fonctionnerait pas si on fournissait un sac en kraft ou une barquette en aluminium comme c’est le cas dans les pays anglo-saxons. Notre box a des caractéristiques uniques : elle est micro-ondable, étanche, transportable sans devoir utiliser un autre sac plastique puisqu’on lui a intégré une poignée. En plus de ça, le restaurateur bénéficie d’un service de communication : de visuels pour sa vitrine et son menu, et du référencement de son restaurant sur notre site. Il peut aussi personnaliser le produit à l’effigie de son établissement.

Combien cela coûte-il au restaurateur ?
Notre box coûte 50 centimes d’euros, les tarifs sont dégressifs. On commence par un pack de 100 à 400 euros. Si le restaurateur choisit la personnalisation pour promouvoir l’image de son établissement, on démarre sur un pack de 1000 produits. S’il choisit des produits avec la publicité d’autres établissements, le prix est divisé par deux.

Comment les restaurateurs ont-ils accueilli votre initiative ?

On a lancé une phase test en octobre dans la région Rhône-Alpes avec 50 restaurateurs. Les premiers retours ont montré qu’ils trouvaient l’idée vraiment intéressante mais c’était une grosse perte de temps pour eux de devoir pré-casser, monter et fermer la boite qui était livrée à plat sous forme d’assiette. On a donc retravaillé le produit pour le livrer directement monté. Un vrai gain de temps ! Aujourd’hui on s’étend à la France entière, on est à plus de 200 restaurants partenaires. Ca va de la petite brasserie au restaurant gastronomique.

A quels freins êtes-vous confrontés ?

Certains restaurateurs craignaient de laisser repartir des consommateurs avec de la nourriture de peur qu’ils gèrent mal la chaîne du froid et s’intoxiquent. On a travaillé en partenariat avec la Draaf Rhône-Alpes. Ils ont pu faire une note précisant qu’une fois que le restaurateur a livré le doggy-bag il n’est plus du tout responsable de l’utilisation qu’en fait le consommateur. Pour aller plus loin et guider le consommateur, on a édité tout un ensemble de pictogrammes sur l’emballage pour lui préciser de remettre le produit au frais, le consommer dans les 24h... 

Présenter un concept élégant, c’était nécessaire ?

C’était nécessaire du point de vue psychologique. En France il y a une sorte de honte à repartir avec quelque chose à la main de pas beau et pas pratique comme une barquette aluminium. D’où l’importance de proposer un produit tout-en-main, simple et pratique.

Est-ce que des restaurateurs sont tout simplement contre l’utilisation du doggy-bag ?

Oui, pour diverses raisons. Certains nous ont dit qu’ils n’avaient pas le temps, d’autres avaient peur qu’il y ait une trop grosse demande et passent une demie heure chaque soir à faire des doggy-bag... D’autres étaient contre le concept en lui-même. Mais beaucoup sont sensibles à la cause, à la lutte contre le gaspillage alimentaire.

L’évolution de la réglementation sur ce sujet pourrait d’ailleurs jouer en votre faveur...

Absolument. Le député Guillaume Garot a rendu en avril un rapport comprenant une série de mesures pour lutter contre le gaspillage alimentaire. Ca joue notre faveur puisqu’il préconise l’utilisation du doggy-bag à grande échelle et recommande à toutes les régions de le promouvoir auprès de leurs restaurateurs... C’est plutôt positif, ça va dans le bon sens. Des lois devraient en découler à la fin de l’année ou début 2016.

Pour l’instant vous êtes les seuls sur ce marché ?

La Draaf communique sur l’utilisation de doggy-bags mais ne propose pas de packaging. Il y a des initiatives locales ou régionales, quelques communautés de communes qui ont imprimé des produits et les ont mis parfois gratuitement à disposition des restaurateurs du secteur... Mais pour l’instant aucun produit n’a les mêmes caractéristiques que les nôtres. On ne peut pas vraiment parler de concurrents mais d’autres initiatives se sont lancées.

Si la réglementation aboutit à l’obligation de proposer des doggy-bag à partir d’un certain nombre de couverts, c’est le jackpot pour vous !
Bien sûr, ça étendra le marché. Après on se doute bien que face à une telle obligation il y aura d’autres concurrents. Mais on a pris un peu d’avance : on est déjà sur le marché depuis plus d’un an, on a essuyé des modifications produit, on s’est battu pour l’améliorer... Ceux qui vont rentrer sur le marché après auront forcément un peu de retard dans le lancement et dans la notoriété. Notre partenariat avec l’UMIH, le principal syndicat de restaurateurs, nous a par exemple permis d’être connus à l’échelon national.

En quoi consiste ce partenariat ?
Un partenariat de communication. L’UMIH a aussi travaillé dans les commissions de lutte contre le gaspillage alimentaire et s’était engagée à proposer une solution à ses 40 000 restaurateurs et 10 000 hôteliers adhérents. Ils se sont rapprochés de nous et on a fait un partenariat. On va accorder des réductions à tous leurs adhérents qui vont nous prendre des produits.

Quelles sont vos ambitions de développement ?
Avoir 350 restaurants à l’approche de l’été. C’est envisageable puisqu’on est en discussion avec des chaînes françaises qui possèdent beaucoup d’établissements. On espère en avoir 500 voire plus à la fin de l’année 2015. On travaille aussi sur le développement de nouvelles formes de produits, pour répondre à des restaurants asiatiques ou des pizzerias. Plusieurs pays européens nous ont également contacté pour distribuer nos produits ou pour les avoir dans leurs établissements. Pour l’instant on est les seuls à proposer un tel produit. On a développé un procédé de production unique qui intéresse aussi les pays limitrophes qui ont entendu parler de nous.

Où sont fabriqués vos doggy-bag ?

En France ! Le bureau d’études est dans la banlieue lyonnaise et les imprimeries sont réparties un peu partout sur le territoire. Avoir du Made in France c’est gage de sérieux et d’efficacité pour les démarches extérieures. Ca reste une référence de savoir-faire et surtout en matière de gastronomie française, qui plus est à Lyon.



Un projet made in Lyon

L’histoire de Take Away commence il y a deux ans, alors que Victor Marostegan, Nicolas Duval et Ludivine Vajou sont encore étudiants en 3ème année de licence à l’IFAG, l’école du management lyonnaise. Pour leur projet annuel de création d’entreprise, les trois étudiants s’intéressent au développement d’un doggy-bag plus élégant pour correspondre aux attentes françaises. Face aux bons retours suscités par leur projet au sein de l’école et à l’extérieur, ils décident de se lancer pour de bon. La société Take Away est ainsi créée en mars 2014. Après une phase de recherche et développement et une phase test dès octobre dans des restaurants lyonnais comme le Selcius ou Léon de Lyon, la start-up s’apprête à livrer ses premiers restaurants en mai. Les produits de Take Away seront notamment présentés à l’exposition universelle de Milan, qui a pour thème "Nourrir la planète”, dans la catégorie des packagings innovants.


Partager

LES DERNIERES ACTUALITES

20/04/2018
Figure de l'entrepreneuriat lyonnais, de la fondation d'Infogrames à son rebond dans la robotique, Bruno Bonnell était très attendu sur les bancs de l'Assemblée. Il a finalement semblé plus discret que prévu jusqu'au buzz provoqué par ses déclarations au Monde début avril. Explications.

20/04/2018
Le documentaire "Pédophilie, un silence de cathédrale” diffusé par France 3 le 22 mars dernier a suscité une nouvelle vague de témoignages auprès de la Parole libérée, l'association lyonnaise qui a révélé l'affaire Preynat. Interview de son président, François Devaux.

12/02/2018

Après Lyon en juin, Mag2 Lyon poursuit son analyse du marché de l'immobilier avec les communes de la métropole. Quelles sont les valeurs sûres ? Quels sont les quartiers qui montent ? Et quels sont ceux à éviter ? Par Hélène Capdeviole

12/09/2016
La Stéphanoise Elodie Clouvel participera à Rio de Janeiro à ses deuxièmes Jeux Olympiques. Mais en parallèle de sa discipline, le pentathlon, elle baigne dans d'autres activités. Elle est également gendarme, mannequin et peut-être même future actrice. Une véritable ambassadrice de son sport. Portrait.

20/04/2018
Cet ancien champion de boxe ayant grandi à Vaulx-en-Velin s'est fait une place à coups de seconds rôles dans le cinéma français, s'appuyant sur une plastique d'athlète, une discipline de fer et une capacité à tout interpréter. En 2018, il se retrouve sur le devant de la scène avec la sortie de trois films dont le très attendu Mektoub My Love d'Abdellatif Kechiche, où il campe un dragueur insouciant. Rencontre.


Retrouvez-nous sur



Création de site internet: Cianeo