Dussollier joue dans le Petit Prince

Date de publication : 07/09/2015

Le film d’animation Le Petit Prince, d’après le chef d’oeuvre du Lyonnais Antoine de Saint-Exupéry sort au cinéma le 29 juillet. Avec un beau casting côté voix : Florence Foresti, Vincent Cassel, Marion Cotillard... Et le Haut-Savoyard André Dussollier, qui interprète le premier rôle : celui de l’aviateur. Interview. Par Marie Veronesi

Comment vous êtes vous retrouvé à prendre part à ce projet ?
Le producteur du film, Dimitri Rassam, m’a appelé pour me proposer de jouer le rôle de l’aviateur. Ca m’a fait très plaisir parce que cette histoire fait partie de notre patrimoine. Mais je ne connaissais pas le film qu’ils en avaient tiré. J’ai été un peu surpris mais agréablement. Parce que ça n’était pas facile de toucher au chef-d’oeuvre, de le mettre en valeur sans le représenter avec les dessins de Saint-Exupéry de façon linéaire.

Quel était jusque là votre rapport avec le Petit Prince ?
C’est une histoire que j’apprécie beaucoup. On a eu le temps de rêver dessus depuis notre tendre enfance jusqu’à aujourd’hui. C’est un livre qu’on lit et relit. Et puis j’avais aussi eu l’occasion de lire Le Petit Prince en public, accompagné de musiciens.

Le Petit Prince pouvait-il vraiment être raconté à l’écran ?
En tout cas tout le monde a voulu le faire, depuis Orson Wells jusqu’au réalisateur Mark Osborne ! Et il a eu les droits pour faire ce film, où se mélange à la fois deux écritures cinématographiques. Il y a le dessin-animé en 3D, tel qu’on le voit souvent aujourd’hui, et puis le stop-motion, image par image, pour raconter l’univers du Petit Prince. Là, c’est vraiment de la dentelle, un travail artisanal d’une grande qualité qui nous fait retrouver les vrais dessins de Saint-Exupéry, de façon subtile.

Que pensez-vous du choix d’avoir une histoire dans l’histoire ?
C’est plutôt malin, ça permet de raconter les 100 pages du livre en 108 minutes. Le film a fait le choix de raconter l’histoire d’une petite fille qui vit dans un monde moderne très formaté. Elle n’a que 8 ans mais elle est déjà devenue une adulte, sous la contrainte du monde dans lequel on vit et de sa mère qui a déjà planifié tout son avenir. Grâce au vieil aviateur qui vit près de chez elle, elle va redécouvrir son enfance au travers de l’histoire du Petit Prince qu’il lui raconte... Ca permet de mettre en valeur l’oeuvre de Saint-Exupéry, comme un bijou dans un écrin.

Quel regard portez-vous sur votre personnage de l’aviateur ?
Il y a l’aviateur, le vrai, celui qui rencontre le Petit Prince en tombant en panne dans le désert. Là ça va, je pouvais avoir ma voix directement. Mais il n’est pas très présent, il n’a que quelques échanges avec le petit Prince. Le rôle le plus important c’est l’aviateur vieillissant qui raconte l’histoire à la petite fille. Il y a quelque chose de touchant dans leur relation.

La difficulté c’est que vous avez dû faire deux voix...
Oui, il y avait cette petite difficulté supplémentaire qui rendait ce projet d’autant plus excitant. J’aime bien quand c’est par la voix qu’on peut traduire des émotions. Mais en réalité ça ne dure pas très longtemps. On est plongé dans un studio pendant deux jours et puis le rôle est fini. C’est très rapide. J’ai quand même eu besoin de voir un peu le film, de voir des extraits pour me rendre compte. J’avais aussi la voix off de la version américaine comme repère. Mais en même temps, je me sentais libre de l’interpréter à ma façon, de faire des propositions.

C’est d’ailleurs loin d’être la première fois que vous prêtez votre voix à une oeuvre, c’est quelque chose que vous aimez particulièrement faire ?
Oui j’aime bien les voix off, j’en ai souvent fait. J’ai enregistré Proust, Hugo, on m’a demandé pour des films, des documentaires...  En fait, j’aime bien tous les moyens qui nous permettent de jouer, de faire croire à ce qu’on raconte et à ce qu’il se passe. Avec seulement la voix et le silence on peut faire beaucoup de choses. J’aime bien me prêter à cet exercice là. Je le vois comme une récréation. Un changement par rapport à ce que je peux faire au théâtre ou au cinéma. C’est une manière de voyager.

Doubler un film d’animation, ça demande le même travail pour rentrer dans la peau d’un personnage que pour un film en tant qu’acteur ?
Ca prend peut être un peu moins de temps parce que les choses passent uniquement par un élément, la voix. Mais il n’empêche, c’est exactement la même démarche. Je ne fais pas de différence entre le théâtre, le cinéma ou la radio. Pour moi l’important c’est de créer la vérité d’une situation, de la faire sentir. Après on s’adapte aux moyens, aux contraintes techniques plus ou moins difficiles mais le but recherché est le même.

C’était assez ambitieux de s’attaquer à une telle oeuvre, qu’est-ce que vous pensez du résultat final ?
C’est sûr que c’était difficile. Quand on touche à quelque chose de si vivant dans la mémoire de chacun, on s’expose forcément à plein de jugements et d’appréciations. C’est difficile d’adapter quelque chose qui, par le biais de la lecture, a fait son chemin dans l’inconscient collectif. Mais il me semble qu’avec ce film on redécouvre le Petit Prince autrement. On n’est pas là pour voir ce qu’on connaît déjà.

Ca ne dénature pas l’oeuvre ?
Non, parce que c’est bien le propos de Saint-Exupéry de dire qu’on est toujours menacé de perdre son enfance et qu’il faut la protéger. Et c’est un peu à ça qu’obéit le réalisateur Mark Osborne quand il raconte l’histoire de cette petite fille qui a grandi trop vite. C’est une manière différente de se réapproprier le Petit Prince, de le re-raconter. Pour ceux qui connaissent l’histoire c’est original puisqu’ils ont l’impression de la redécouvrir. Et pour ceux qui ne la connaisse pas, ça leur donnera peut-être l’envie de lire le livre. Ca n’abîme pas le souvenir, au contraire ça peut l’enrichir ! Et je pense que le meilleur compliment qu’on peut faire au film, c’est qu’il donne l’envie de relire le livre de Saint-Exupéry.

Vous avez encore des attaches en Haute-Savoie ?
Oui bien sûr. Je suis né à Annecy et j’ai ensuite longtemps vécu à Cruseilles, un petit village entre Annecy et Genève. C’est mon lieu de vie et de naissance où je me sens bien. C’est tellement beau et à la fois riche pour des raisons affectives et personnelles ! Je reste un provincial débarqué à Paris, et même si Paris est belle à voir tous les jours, je suis bien content de pouvoir revenir à Annecy. J’y vais dès que je peux, j’aime bien y revoir des copains d’enfance. J’ai encore des cousins là-bas. C’est mon lieu d’ancrage puisque c’est là qu’habitaient mes parents. Annecy c’est vraiment ma capitale !

Le Petit Prince de Mark Osborne. Avec André Dussollier, Florence Foresti, Vincent Cassel. Durée : 1h48 min. Sortie le 29 juillet 2015.


Le pitch

Les histoires se mêlent et s’entremêlent dans cette adaptation sur grand écran du Petit Prince. Dans le monde d’aujourd’hui, une petite fille est promise à un sérieux avenir tout tracé par sa mère complètement folle. Studieuse, elle planche pour rentrer dans une prestigieuse académie. Ses plans sont bouleversés par son vieux voisin ; un aviateur excentrique qui a su garder son âme d’enfant. Il y a bien longtemps, il a rencontré un mystérieux Petit Prince dans le désert... Et il cherche depuis à lui retrouver. En lui racontant son histoire, l’aviateur permet à la petite fille de changer son sens des priorités. Et elle va bientôt partir elle-même à la recherche du Petit Prince... Le film est entrecoupé de passages fidèles à l’histoire originale du Petit Prince, dans un style d’animation différent du reste du film. L’impasse a cependant été faite sur certains dialogues et rencontres, ce qui est un peu dommage. Les fans de l’oeuvre de Saint-Exupéry risquent aussi d’être choqués par une version du Petit Prince qui a grandi. Il ne faut pas voir ce film comme la seule et unique adaptation livre, mais bien comme l’une des nombreuses interprétations inspirées de l’oeuvre possibles.
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