Que vaut le bus à prix cassé ?

Date de publication : 09/10/2015

Rejoindre Paris ou Nantes en bus à partir de 5 euros, c’est désormais possible. La loi Macron, adoptée début août, autorise désormais les trajets en autocars entre villes françaises. Une disposition très attendue par les professionnels du secteur qui comptent développer leur offre en France, en particulier à Lyon. Mag2 Lyon a testé ce nouveau service. Par Clément Barraud

Centre d’échanges de la gare Perrache, 7h du matin. On s’apprête à rejoindre Paris en bus. Le trajet est assuré par la compagnie Isilines, filiale du groupe Transdev qui commercialise déjà la marque Eurolines. Le départ est prévu à 7h30. Sur le billet, il est indiqué d’être présent entre 30 mns et 1 h avant. On arrive avec 40 minutes d’avance, une trentaine de personnes attendent déjà sur le quai, tickets en main. Le chauffeur, lui, se fait attendre et arrive finalement à 7h30 pile, heure initiale de départ... Certains passagers ne cachent pas leur mécontentement. "Je n’ai jamais vu une compagnie aussi mal organisée…”, lance un jeune homme. Le temps de faire les contrôles d’identité, on quitte Perrache à 7h50. Le bus, qui n’est pas plein, est confortable. La connexion wifi fonctionne plutôt bien, en revanche les prises électriques fournies par la compagnie sont regroupées au niveau des toilettes. Pas pratique si on veut recharger son ordinateur portable tout en l’utilisant… Dans l’ensemble, le service est de qualité. Le bus, toilettes comprises, est propre, et il est même possible de stocker ses boissons dans un petit réfrigérateur. Sur la route, le bus fera deux longues pauses, à seulement 20 minutes d’intervalles : sur une aire d’autoroute pour déjeuner puis à Auxerre pour déposer un seul passager... Comme le premier, ce deuxième arrêt dure 45 minutes, une obligation imposée par la compagnie au chauffeur. Le car arrive finalement vers 15h15 à la gare routière de Gallieni Porte de Bagnolet, à l’est de Paris. Pour 19 euros, l’offre est intéressante. Reste le temps de parcours, qui explique des prix aussi bas : quasiment 7 h de route pour rejoindre la capitale. Le retour à Lyon, effectué en train, ne mettra quant à lui que deux heures. En revanche, le prix du billet SNCF est trois fois plus élevé : 61 euros ! Une chose est sûre : il faut avoir du temps pour choisir le bus. Une solution économe pour ceux qui n’ont pas les moyens de voyager en train.

"Pas du transport de pauvres !”
Depuis l’adoption de la loi Macron, les trajets en autocar entre villes françaises sont libéralisés. Jusqu’à présent, les compagnies étaient obligées de faire du "cabotage” : elles ne pouvaient proposer un Paris-Lyon, par exemple, que dans le cadre d’une liaison internationale Paris-Turin. Désormais, toutes les villes françaises peuvent en théorie être reliées entre elles, comme pour le train. Pour autant, il ne s’agit pas de voyages au rabais, selon Noël Thiéfine, délégué régional de la Fédération nationale des transports de voyageurs (FNTV). "Contrairement à ce qu’on peut entendre, ce n’est pas du transport de pauvres ! Le train est très cher, cela va avantager une grande partie du public, des jeunes mais aussi des personnes âgées. Bien sûr, pour un voyage d’affaires en semaine, ce n’est pas adapté...”. Pour les défenseurs du bus, l’enjeu est de démocratiser ce type de transport en France. Le public ciblé est donc large : jeunes en groupes, retraités, mais aussi les familles et les étrangers, plus habitués à se déplacer en car. Pour attirer les voyageurs, les sociétés de transport ont donc mis le paquet sur les prix avec des tarifs promotionnels défiant toute concurrence pour certains trajets. On peut par exemple faire le trajet Lyon-Paris pour seulement 5 euros, à condition de réserver ses billets à temps... En moyenne, il faudra donc plutôt compter entre 20 et 30 euros. Si le gain financier par rapport au train est évident, le bus est en concurrence directe avec le covoiturage, dont le leader sur le marché, Blablacar, revendique 20 millions de membres dans 19 pays. Les prix et temps de trajets ne sont pas très éloignés entre les deux services. Les compagnies de bus jouent alors sur un autre critère pour se distinguer : le confort. "En covoiturage, vous n’avez pas de wifi ou de prise électrique, et il faut partager un coffre à quatre pour ses bagages !”, affirme-t-on chez Isilines. Outre le wifi et les prises électriques, la plupart des bus sont équipés de sièges inclinables et de la climatisation. Pour les principaux acteurs du secteur, il faut revoir la vision que l’on a des voyages en car. "On n’est plus sur les autocars des années 1980, les entreprises ont développé leurs parcs et proposent des véhicules sûrs, confortables et moins polluants”, estime Noël Thiéfine.

Un "hub” à Lyon
Depuis le début de l’été, les principaux transporteurs déjà présents sur le marché sont dans les starting-blocks pour l’ouverture des lignes nationales. La compagnie Isilines, par exemple, profite de l’expérience de sa grande soeur, Eurolines, qui desservait déjà des villes françaises dans le cadre de trajets internationaux. Pour l’instant, quatre autres sociétés de transport lorgnent sur le marché national : IDBus, la filiale de la SNCF ; Starshipper, marque du réseau de transporteurs RÉUNIR ; la société allemande FlixBus et Megabus, une entreprise britannique. Actuellement, seules Isilines, Starshipper et IDBus ont véritablement lancé leur service. Parmi les villes desservies, Lyon est évidemment convoitée par les compagnies pour son positionnement stratégique. Isilines, par exemple, compte déjà une trentaine de villes au départ de Lyon. Parmi ces entreprises, certaines vont mettre en place des partenariats avec des autocaristes locaux. Un moyen pour des groupes internationaux d’asseoir un ancrage sur le territoire. La start-up internet Flixbus, par exemple, s’associe avec des PME de Rhône-Alpes : Europe Autocars basée à Saint-Pierre-d’Allevard (38) et Autocars Pays de Savoie à la Roche-sur-Foron (74). Le rôle de chacun est bien défini : "Flixbus dessine les lignes, organise la communication, et l’entreprise de transport s’occupe d’investir dans les véhicules, de recruter les chauffeurs...”, précise Yvan Lefranc-Morin, directeur du développement de Flixbus pour la France. Même chose pour Megabus, dont l’appétit pour la France se développe. La marque commercialisée par le géant Stagecoach, leader du transport public au Royaume-Uni, a ouvert au printemps une base à Belleville-sur-Saône, au nord de Lyon. Gérée en partenariat avec la société locale Autocar Maisonneuve, cette base accueillera 7 bus et comptera 35 salariés. Megabus peut désormais s’afficher comme un concurrent solide avec des prix cassés. Depuis début septembre, la compagnie propose ainsi un trajet Lyon-Avignon pour 1 euro...

Des gares routières à développer

Depuis l’ouverture des lignes nationales, un sujet est au coeur des préoccupations : la question des gares routières. "Le service est bien lancé, mais les infrastructures ne suivent pas. On a oublié de déployer les gares routières à côté des gares ferroviaires”, estime-t-on à l’Arafer, l’autorité de régulation chargée des transports en bus (voir encadré). En effet, 50 % des préfectures ne sont pas équipées de gares routières dignes de ce nom. "Il y a encore quelques années, la gare routière de Bourg-en-Bresse se résumait à un poteau... Heureusement, une vraie structure a été construite depuis”, lâche Noël Thiéfine, de la Fédération des transports de voyageurs. À Lyon toutefois, les gares routières sont toutes adossées à une gare SNCF où les voyageurs peuvent se restaurer, acheter des journaux... "On est plutôt gâté à Lyon, la gare routière de Perrache est en bon état, c’est un vrai pôle multi-modal où on peut raccorder nos lignes à l’urbain et au péri-urbain”, explique-t-on chez Isilines. Pour l’instant la gare Perrache accueille les bus d’Eurolines et d’IDBus. Du côté de la Part-Dieu, les travaux de rénovation prévus à l’horizon 2022 pourraient comprendre également l’aménagement de la gare routière. Une évolution logique face à un marché qui devrait attirer d’autres entreprises dans les prochaines années.

Article extrait de la rubrique "Société” du numéro de septembre 2015 de Mag2 Lyon

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