On a aimé : le film Fou d’amour

Date de publication : 09/10/2015

Le réalisateur drômois Philippe Ramos s’inspire librement d’un fait divers des années 1950 pour signer un drame teinté d’une pointe d’humour. Melvil Poupaud et la Lyonnaise Dominique Blanc sont à l’affiche de ce film tourné dans le pays de Valromey, dans l’Ain. Faut-il le voir ? Par Clément Barraud

ON A AIMÉ

Le ton léger. On peut détester la façon dont Philippe Ramos traite l’histoire. Mais force est de constater que le cinéaste prend un malin plaisir à tourner en dérision un fait divers sordide des années 1950, l’affaire dite du curé d’Uruffe, en Lorraine. En 1996, il avait déjà utilisé cette affaire comme source d’inspiration pour l’un de ses courts métrages, Ici Bas. Mais plutôt que d’adopter le même ton grave, il prend l’exact contrepied en faisant de Fou d’Amour un film léger, voire comique. Pourtant, l’histoire de ce curé, coupable d’un double meurtre, n’a pas de quoi faire sourire. Incarné par Melvil Poupaud, ce prêtre atypique débarque de Lyon pour s’installer dans un petit village paisible de campagne. Dès son arrivée, il fait l’unanimité parmi les habitants, allant jusqu’à créer un club de football et un atelier théâtre. Mais le curé a un pêché : les femmes. Il séduit ainsi plusieurs femmes du village, avant de tomber amoureux d’une jeune fille aveugle. Philippe Ramos dresse ici un portrait cynique de cet homme à qui tout sourit et qui semble profiter de sa position d’autorité. Si cette légèreté de ton peut perturber, elle apporte une certaine fraîcheur au film. On rit même parfois de bon cœur.

La narration. Fou d’Amour débute avec la condamnation à mort du curé. Philippe Ramos a décidé de faire raconter l’histoire à la tête du guillotiné, encore dans le panier… Ce choix peut paraître loufoque mais c’est ce qui fait tout l’intérêt du film. Cette narration post mortem, parfaitement cynique, est un régal. Melvil Poupaud, avec son timbre de voix si particulier, est un excellent conteur. Dès le début, on est captivé par le récit savoureux de cette histoire.

Les partis pris du réalisateur.
S’il part de faits réels, Philippe Ramos a ajouté certains éléments tirés de son imagination. Le vrai curé n’a pas été guillotiné mais condamné aux travaux forcés. Dans le film, cette exécution offre un moyen au cinéaste de mélanger le comique et le tragique. De même, la jeune fille, interprétée ici par Diane Rouxel, n’est en réalité pas aveugle. Ces faits nouveaux apportent une vraie consistance au scénario.

ON N’A PAS AIMÉ

La progression de l’histoire. Philippe Ramos a voulu décortiquer la descente aux enfers d’un curé que rien ne semblait atteindre. Le film passe ainsi d’une ambiance joyeuse, avec le bonheur de ce curé séducteur, à une atmosphère plus sombre jusqu’à la fin tragique. Malheureusement, le cheminement de cet homme s’étire trop lentement, ce qui créé certaines lourdeurs dans le film. Certains dialogues ne sont pas indispensables et plombent le récit.

L’absence de recul. Fou d’Amour tourne autour du personnage emblématique du curé, peut-être un peu trop. Le film met de côté les questions que pose cette histoire pour se concentrer sur le seul cheminement de cet homme. On passe très vite sur la personnalité des femmes conquises par le curé, qui sont des "fleurs qui s’ouvrent” à lui. Philippe Ramos se définit justement comme un "cinéaste portraitiste”, qui préfère dépeindre l’homme et ses folies plutôt que de traiter un sujet de société, comme ici la sexualité des prêtres. Dans Fou d’Amour, il fait en sorte que ce curé charismatique charme le spectateur. Le fait que le narrateur soit le coupable créé forcément une proximité entre lui et le public. On devient alors presque fasciné malgré nous par ce curé, qui se pose comme la véritable victime de l’histoire.

Verdict : En prenant quelques libertés avec la réalité, Philippe Ramos fait de Fou d’Amour un drame empreint d’un ton comique qui fait froid dans le dos en même temps qu’il nous amuse. Au final, le récit de la folie humaine est intéressant et vaut la peine d’être vu.

Fou d’amour, sortie en salles le 16 septembre 2015. Réalisé par Philippe Ramos, avec Melvil Poupaud, Dominique Blanc, Diane Rouxel. Durée : 1h47


Article extrait de la rubrique "Culture” du numéro de septembre 2015 de Mag2 Lyon

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