Règlement de comptes hooligan ?

Date de publication : 10/11/2015

Le 5 septembre, le buffet d’un mariage dans le Beaujolais a été saccagé par une dizaine d’individus. Ce fait divers très médiatique serait le nouvel épisode d’une guerre entre hooligans lyonnais et stéphanois qui dure depuis deux ans. Alors que le dernier derby à Gerland aura lieu le 8 novembre prochain. Mag2 Lyon a mené l’enquête.

600 verres brisés, un buffet saccagé, 90 bouteilles de vin cassées, un personnel sous le choc... Ce samedi 5 septembre, le château Talancé à Denicé dans le Beaujolais, qui s’apprêtait à recevoir les invités d’un mariage a été littéralement pris d’assaut par un commando d’une dizaine de personnes cagoulées, armées notamment de battes de base-ball. Tandis que les invités du mariage étaient alors tranquillement à l’église pour assister à la cérémonie religieuse !
Ce fait divers hors du commun a ensuite connu un rebondissement lorsqu’un individu a contacté un site internet lyonnais pour affirmer que les auteurs du délit étaient des membres d’un groupe de supporters de l’AS Saint-Etienne : les Magic Fans 1991. En effet, selon ce témoin anonyme, les Stéphanois visaient en réalité son mariage à lui, sous prétexte qu’il est un supporter lyonnais, mariage qui se tenait le même jour dans le Beaujolais à une vingtaine de kilomètres de Denicé. Les casseurs se seraient donc... trompés de cible !
Depuis une enquête de gendarmerie a démarré pour retrouver les auteurs de cette attaque farfelue. Mais impossible d’en savoir plus. Le procureur de la République de Villefranche, Grégoire Dulin, s’est refusé à tout commentaire affirmant que "La piste des supporters stéphanois était étudiée, comme d’autres, mais pas privilégiée.” Même silence du côté de la gendarmerie qui précise que "l’affaire est trop sensible”.
Car si ces dégradations, certes inédites et choquantes, mettent autant les autorités sur la défensive, c’est surtout parce qu’il s’agirait d’un nouveau règlement de comptes au sein du milieu très fermé et violent des ultras. Et pas n’importe quels ultras : ceux de Lyon et de Saint-Etienne qui se détestent cordialement. On est évidemment bien loin du simple "chambrage” bon enfant, entre Steph’ et Gônes, alimentée par la rivalité sportive historique. Chambrage qui peut aussi passer par des banderoles au goût plus au moins douteux comme la classique : "Les Gones inventaient le cinéma…Quand vos pères crevaient dans les mines ». Ou "L’OL, c’est comme le Beaujolais. C’est commercial et dégueulasse”. Très classe. Les deux groupes se détestent tellement qu’ils ne peuvent pas organiser les fameux "fight”, ces bagarres entre groupes de supporters. Ils s’entre-tueraient.

C’est dans ce contexte qu’il faut revenir à une affaire qui date du 16 avril 2013 et qui serait à l’origine du saccage. Ce jour-là, un commando d’une vingtaine de hooligans lyonnais s’était rendu à Saint-Etienne pour voler la bâche des Magic Fans, un groupe stéphanois. En effet, comme tout groupe faisant partie du mouvement ultra, une organisation née en Italie dans les années 1970 et qui fédère les supporters de foot les plus fanatiques, les Magic Fans obéissent à un «code d’honneur» dont le premier «article» est de posséder une bâche portant le nom du groupe qu’il faut sortir à chaque match et surtout ne jamais se faire voler. Du coup, dans le mouvement ultra, la bâche est l’objet le plus sacré. C’est elle qui définit son identité et la perdre signifie la «mort» du groupe. Résultat, l’un des grands «jeux» des ultras, c’est de piquer les bâches de leurs rivaux.
Mais jusqu’à ce fameux soir d’avril 2013, jamais personne n’avait vraiment tenté de piquer la bâche des Magic Fans de Saint-Etienne, l’un des groupes les plus puissants et redoutés en France, qui regroupe plusieurs centaines d’adhérents. Sauf que depuis l’automne 2012, des fans lyonnais de la mouvance «indépendante», n’appartenant à aucun groupe de supporters reconnu mais fréquentant le virage Sud de Gerland, avaient un projet : piquer cette fameuse bâche.

Vol de bâche sacrée

Pendant six mois, quelques «indép’» lyonnais sont venus régulièrement à Geoffroy-Guichard, le stade de Saint-Etienne, effectuer des "repérages” lors des matchs à domicile des Verts. Objectif : trouver le lieu où la bâche était emmenée après les rencontres. Puis une fois la cachette trouvée, les Lyonnais choisissent une date pour leur opération : le mardi 16 avril et la rencontre de Coupe de France ASSE-Lorient. Ce soir-là, après la rencontre, alors que le stade se vide, comme à chaque match, quelques Magic Fans rangent et plient l’immense bâche portant le nom officiel de leur groupe - «Magic Fans 1991, AS Saint-Etienne». Les fans des Verts quittent ensuite Geoffroy-Guichard avec les morceaux répartis dans plusieurs voitures pour aller les ranger comme d’habitude dans un endroit tenu secret. Un lieu où les attendent cette fois une vingtaine de  Lyonnais, planqués... Les Stéphanois arrivent alors et commencent à décharger leur bâche sans se douter de rien. Quand tout à coup, les Lyonnais surgissent, cagoulés, pour un assaut très violent en se jetant sur la dizaine de Stéphanois, évidemment totalement surpris mais qui, malgré leur infériorité numérique, se battent pour empêcher le vol. La lutte est alors féroce entre les deux camps. Les Lyonnais parviennent à s’emparer de la partie «Fans 1991» et disparaissent. Mais la bâche principale est belle et bien considérée comme volée par le «code ultra». Bien sûr, dès le lendemain, la nouvelle se répand à Saint-Etienne et partout en France dans le monde des supporters ultras.

Pour les Stéphanois, la «guerre» est déclarée. D’ailleurs, dans la foulée, ils passent des coups de fil à tous leurs contacts lyonnais, promettant de se venger. Et en effet les représailles ne tardent pas. Trois jours plus tard, le vendredi 19 avril 2013, après le déplacement de l’Olympique lyonnais à Montpellier, le bus de Lyon 1950, un groupe de supporters lyonnais du virage Sud de Gerland remonte vers Lyon, accompagné par la police mais au péage de Reventin-Vaugris, les policiers remarquent tout à coup une dizaine de voitures immatriculées 42 qui se mettent à suivre le car... Il s’agit des Magic Fans venus régler leurs comptes avec les Lyonnais ! Cette fois-ci, la police préviendra un affrontement. Mais une violente bagarre ne sera pas évitée, elle, deux mois plus tard, le 29 juin 2013, lors d’un tournoi annuel de fin de saison organisé par Lyon 1950 à Chamagnieu en Isère où une trentaine de Stéphanois débarquent tôt le matin avec des bâtons et des barres de fer pour frapper la quinzaine de fans lyonnais déjà sur place. Bilan côté lyonnais : trois blessés, dont un sérieusement. Puis courant juillet, des Stéphanois déguisés en supporters lyonnais se rendent au stade de Gerland où ils réussissent à tromper la vigilance de la gardienne qui leur remet les clefs du local de Lyon 1950 situé sous le virage Sud et ils leur volent du matériel !
Omerta
Le «code ultra» interdisant de porter plainte, la police n’est jamais saisie de ces affaires.
Alors que la violence est pourtant omniprésente dans ce milieu des ultras formant une sphère fermée où tout le monde se connaît, se téléphone, se menace... Surtout qu’avec Internet, il est souvent facile d’obtenir beaucoup d’informations sur des individus : leur lieu d’habitation, le nom de leur entreprise, la date de leur mariage...
Puis, à la rentrée 2013, une étape supplémentaire dans la violence est franchie. Le 5 septembre, un fan lyonnais du virage Sud, éducateur dans un club de foot, est en effet agressé à la sortie de son entraînement. Les assaillants stéphanois lui annoncent alors qu’il a 24 heures pour rendre la bâche. Et le lendemain, sa voiture est tagguée devant son domicile avec le message suivant : «Le délai est dépassé»... Puis le samedi 7 septembre, en représailles, c’est au tour d’un Magic Fan de se faire agresser par une bande de Lyonnais à la sortie de la banque où il travaille à Veauche dans la Loire.
Dans les deux cas, les victimes vont porter plainte. Résultat, depuis, la tension entre les deux camps avait baissé, même si parallèlement à ces actions «spectaculaires», des règlements de comptes individuels avec de nombreux tabassages des deux côtés ont fréquemment eu lieu... Jusqu’au mariage du 5 septembre dernier à Denicé où les supporters stéphanois auraient visé un des instigateurs du vol de la bâche. Un épisode de plus dans cette guerre sans fin dont on attend simplement le nouvel épisode. Dans ces conditions, faut-il redouter le pire pour le prochain derby entre l’Olympique lyonnais et l’AS Saint-Etienne le dimanche 8 novembre, qui sera le dernier de l’histoire au stade de Gerland ? Paradoxalement, non. "Les derbys sont tellement surveillés par la police qu’il ne se passe rien au stade” explique un hooligan lyonnais, "c’est pour ça que les interdictions de déplacements des supporters lyonnais et stéphanois à Gerland ou Geoffroy-Guichard ces dernières années n’avaient aucune utilité. Les règlements de compte ont toujours lieu en dehors des matchs.”

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