Michel Delpuech : Nous n’avons rien ciblé par hasard

Date de publication : 04/01/2016

Suite aux attentats, Michel Delpuech, le nouveau préfet de Région, se retrouve en première ligne pour identifier les mosquées qui propageraient une idéologie dangereuse et les individus prêts à passer à l’acte. Et il est déterminé à agir. D’autant qu’il considère qu’on a trop tardé...

Combien de personnes ont-elles été signalées pour radicalisation ?
Michel Delpuech : Environ 230 à 250 dans le Rhône et 1 000 dans la région Auvergne-Rhône-Alpes. Ces signalements sont suivis par l’EMOT, l’état major opérationnel anti-terroriste mis en place cet été par Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur. Pour moitié, ils sont issus du travail de nos services et pour l’autre moitié, ils proviennent de la plateforme de signalement créée avant l’été 2014 pour les proches des personnes concernées. Chaque signalement fait bien sûr l’objet d’une évaluation du risque par les services du renseignement territorial.
Quelle est la proportion d’individus réellement dangereux ?
Difficile à dire. Si l’on considère les filières irako-syriennes , pour la région Auvergne-Rhône-Alpes, environ 230 personnes sont concernées, dont 77 sont sur zone, 40 en sont revenus et 23 seraient décédées. Une centaine aurait manifesté des velléités de partir.
Et pour le Rhône ?
Sur 90 individus en relation avec ces filières, 31 seraient sur zone, 10 revenus et 7 décédés alors qu’une quarantaine serait tentée par un départ. Évidemment, c’est une réalité forcément mouvante. Le mal peut venir de personnes qui ne sont pas dans ces listes et il y a dans ces listes beaucoup de gens qui ne passeront jamais à l’acte.
Est-ce que les djihadistes revenus dans la région ont été appréhendés ? Pour Manuels Valls leur place est en prison....
Tous font l’objet de procédures. Sur les 10 "revenus” dans le Rhône, 6 sont écroués, 3 sont assignés à résidence, une femme est mise en examen.
Est-ce que les services de police n’ont pas été trop déstabilisés par la réorganisation des services et les baisses des effectifs pour assurer un suivi suffisant ?
Je travaille avec des services motivés et compétents. La France peut être fière de ses forces de sécurité qui mènent un travail extrêmement complexe et difficile. Et il y a eu des réformes importantes, comme la création du renseignement territorial par Manuels Valls avec des effectifs supplémentaires mis en place.
On reproche parfois à l’Etat de ne pas avoir assez agi depuis les attaques contre Charlie et l’Hyper Cacher. Qu’avez-vous fait depuis le début d’année ?
Il y a tout d’abord le dispositif sentinelle porté à un niveau jamais atteint avec 10 000 militaires présents sur le terrain dont 750 à Lyon. Le gouvernement a aussi modifié la loi de programmation militaire et fait voter une loi sur le renseignement qui donne des bases légales à des techniques de surveillance comme la sonorisation ou la géolocalisation. Et puis j’observe que personne n’avait réclamé l’état d’urgence avant le 13 novembre.
Le nombre de djihadistes potentiels est-il devenu trop important pour assurer une surveillance efficace ?
Je ne veux pas rentrer dans cette polémique mais il ne faut pas oublier le nombre d’attentats qui ont été déjoués au niveau national, ainsi que l’a récemment rappelé le Gouvernement. Dans la région, nous avons veillé à resserrer les mailles du filet.
Est-ce que cet État d’Urgence vous permet vraiment d’être plus efficace ?
Oui, il s’agit d’un outil juridique qui nous permet, toujours dans le cadre d’un État de droit, d’intervenir plus rapidement. Exemple : les perquisitions administratives 24h sur 24h, donc y compris la nuit. On peut aller visiter des lieux sur lesquels pèsent certains soupçons. Sans État d’Urgence, il serait nécessaire de réunir des éléments de preuve pour qu’un procureur de la République nous y autorise.
Combien de perquisitions avez-vous ordonnées ?

A ce jour 88 dans le département du Rhône, ce qui a donné lieu à 22 interpellations, 18 gardes à vue, 12 armes saisies et 2 incarcérations. Et on n’en est qu’au début. Ces perquisitions administratives permettent d’acquérir des informations qu’on n’avait pas. Grâce à la loi du 20 novembre 2015 qui a prolongé l’état d’urgence de trois mois tout en modernisant la loi de 1955, on peut récupérer des données numériques sur place qui seront exploitées et qui donneront à coup sûr des résultats.
Et les assignations à résidence ?
A ce jour, le ministre de l’Intérieur en a ordonnées huit dans le Rhône.
Ces perquisitions vous ont permis de vraiment cibler des islamistes ou avez-vous surtout trouvé des trafiquants d’arme ou de drogue ?
Nous n’avons rien ciblé par hasard. Certains individus visés sont aussi des délinquants de droit commun, sachant que la porosité est grande entre islamistes et délinquants. Si on trouve de la drogue lors d’une perquisition administrative, cela fait l’objet d’une procédure judiciaire spécifique. Mais nous, nous savons bien pourquoi on s’est intéressé à eux.
Même celui qui avait un lance-roquettes à Feyzin ?
Les services avaient cet objectif parce qu’il s’agit d’un "multicarte”.
Concernant les fermetures de mosquées, comment avez-vous procédé ?
Je travaille depuis cet été sur certaines salles de prière qui m’inquiètent. J’ai eu l’impression que cela n’avait jamais été fait et j’ai un peu secoué tout le monde. Je l’ai dit aux maires de la Métropole : on ne peut pas rester inerte ! Les prêches radicaux sont une gangrène et les premières victimes sont les musulmans modérés. Je suis déterminé à travailler avec les outils que me donne la loi. Là aussi, aucune n’a été ciblée par hasard.
Mais pour la mosquée Bilal de Vénissieux, vous avez justifié sa fermeture par les conditions d’accueil du public plutôt que le salafisme...
Elle était à la fois une salle de prière à connotation salafiste et un établissement recevant du public qui n’en respectait pas les règles. On a constaté plusieurs semaines de suite qu’elle recevait 500 à 600 personnes pour une capacité déclarée de 150. On ne tolérerait pas cela pour une association qui organise un événement. On ne doit pas plus le tolérer pour une salle de prière.
Combien de mosquées vous inquiètent dans le Rhône ?
Une douzaine sont d’orientation salafiste et trois me préoccupent plus particulièrement dont celle de l’Arbresle, fermée fin novembre, et deux à Lyon, dans le 7e et le 8e.
Laïd Bendidi, président du Conseil régional du culte musulman, aurait préféré être prévenu avant cette fermeture pour intervenir lui-même...
Mais le Conseil régional du culte musulman a été prévenu. Je lui ai donné la liste. Je travaille en transparence. Chaque fois qu’il y a des gens sérieux et reconnus par le CRCM à la direction des mosquées, on les appuie pour éviter qu’ils soient débordés par des salafistes. Mais à un moment donné, il faut agir ! J’ai l’impression que je fais bouger les choses et il n’est pas impossible que je prenne d’autres décisions.
L’Etat a-t-il vraiment le droit d’intervenir dans une mosquée ?
Il faut parfois trouver des solutions juridiques innovantes. Exemple : une association peut gérer le bâtiment en impliquant les mairies, et cela, indépendamment de l’association qui gère l’aspect cultuel. Renforcer ces liens évitera les dérives. C’est ce qu’on va faire pour la Duchère, une mosquée dont la direction actuelle a besoin d’être confortée. Le culte musulman a toute sa place dans la République. Le sujet qui nous préoccupe, ce sont les dérives. L’Etat, les maires et le CRCM doivent prendre leurs responsabilités. Chacun à leur niveau.
Comment initier cet accompagnement dans la durée ?
Après ces élections régionales, j’inviterai à la préfecture, avec le CRCM, les imams, les associations qui gèrent les lieux de culte et les maires des communes concernées.
Que répondez-vous à ceux qui accusent le gouvernement de profiter de l’Etat d’Urgence pour restreindre les libertés, par exemple en assignant des zadistes?
Une ultragauche violente cherche à casser et à destabiliser de son côté. On l’a vu, place de la République à Paris. Il ne faut pas confondre avec la sensibilité écologiste préoccupée par les enjeux de la planète et respectueuse des règles de droit. Je suis juriste de formation et juriste de comportement. Le débat public est normal. Sans débats, la France ne serait pas tout à fait la France.

Découvrez l’intégralité du dossier dédié aux attentats du 13 novembre dans Mag2 Lyon de décembre.
Partager

LES DERNIERES ACTUALITES

20/04/2018
Figure de l'entrepreneuriat lyonnais, de la fondation d'Infogrames à son rebond dans la robotique, Bruno Bonnell était très attendu sur les bancs de l'Assemblée. Il a finalement semblé plus discret que prévu jusqu'au buzz provoqué par ses déclarations au Monde début avril. Explications.

20/04/2018
Le documentaire "Pédophilie, un silence de cathédrale” diffusé par France 3 le 22 mars dernier a suscité une nouvelle vague de témoignages auprès de la Parole libérée, l'association lyonnaise qui a révélé l'affaire Preynat. Interview de son président, François Devaux.

12/02/2018

Après Lyon en juin, Mag2 Lyon poursuit son analyse du marché de l'immobilier avec les communes de la métropole. Quelles sont les valeurs sûres ? Quels sont les quartiers qui montent ? Et quels sont ceux à éviter ? Par Hélène Capdeviole

12/09/2016
La Stéphanoise Elodie Clouvel participera à Rio de Janeiro à ses deuxièmes Jeux Olympiques. Mais en parallèle de sa discipline, le pentathlon, elle baigne dans d'autres activités. Elle est également gendarme, mannequin et peut-être même future actrice. Une véritable ambassadrice de son sport. Portrait.

20/04/2018
Cet ancien champion de boxe ayant grandi à Vaulx-en-Velin s'est fait une place à coups de seconds rôles dans le cinéma français, s'appuyant sur une plastique d'athlète, une discipline de fer et une capacité à tout interpréter. En 2018, il se retrouve sur le devant de la scène avec la sortie de trois films dont le très attendu Mektoub My Love d'Abdellatif Kechiche, où il campe un dragueur insouciant. Rencontre.


Retrouvez-nous sur



Création de site internet: Cianeo