Place des Terreaux : Buna réplique à Buren

Date de publication : 05/02/2016

Adjoint à l’urbanisme pendant les deux premiers mandats de Gérard Collomb, l’écologiste Gilles Buna sort de sa réserve. Le plasticien Daniel Buren l’a publiquement accusé d’avoir laissé son oeuvre des Terreaux se dégrader sans l’entretenir. Mais cet ancien élu écologiste démontre au contraire, documents à l’appui, qu’elle a déjà coûté des millions d’euros aux contribuables lyonnais en maintenance. Propos recueillis par Lionel Favrot

Pourquoi sortez-vous de votre silence aujourd’hui ?

Gilles Buna : Parce que je tenais à mettre les points sur les i après les déclarations de Daniel Buren mais aussi d’Henry Chabert, adjoint à l’urbanisme de Michel Noir puis de Raymond Barre. Pendant les 13 ans où j’ai été en charge de l’urbanisme à la ville de Lyon et au Grand Lyon, j’ai évité toutes les polémiques sur le passé. Mais je suis un peu agacé quand je les vois mettre la responsabilité du mauvais état de la place des Terreaux sur ceux qui ont hérité du problème et non sur ceux qui ont conçu cette place.

Pour vous, la Place des Terreaux souffre de défauts d’origine ?
Oui. Daniel Buren affirme qu’elle s’est dégradée parce qu’on n’en aurait pas assuré l’entretien. C’est faux. De plus, si elle n’a pas été davantage entretenue, c’est qu’elle n’était pas davantage entretenable. Les dysfonctionnements ont été très nombreux dès le départ.

Quoi d’autres vous a choqué dans leurs déclarations ?
Quand Henry Chabert affirme que la place des Terreaux a commencé à se détraquer sous Barre. Il fait au minimum une erreur chronologique. Reprenons par exemple l’un des rapports les plus complets rédigé sur cette place, celui du CETE, un expert à qui la ville avait confié des investigations. Ses auteurs rappellent bien que, dès novembre 1994, compte-tenu de l’évolution des désordres sur la chaussée de la voie circulée, c’est-à-dire celle restant ouverte aux véhicules devant le musée Saint-Pierre, il a été mis en évidence
les défauts des matériaux mis en oeuvre, notamment le mortier de pose des pierres. 
Il y a aussi les 69 fontaines qui jaillissaient à 1m40 au lieu des 2m annoncés, inondant régulièrement la place avec des éclaboussures récurrentes car leur exutoires se sont avérés trop petits.

Est-ce imputable aux concepteurs de la place ou plutôt aux entreprises qui ont assuré les travaux ?
Les deux me semble-t-il. Le 7 décembre 1994, lors de la réception des travaux, de nombreux réserves ont été émises, en particulier sur cette voie. Les experts ont aussi mis en évidence que les supports des dalles noires et blanches étaient trop tendres. Un peu de tendresse, cela ne fait jamais de mal ! Mais là, ce n’était pas adapté. Des centaines de milliers d’euros ont été investi par la ville pour maintenir cette voirie disponible. D’ailleurs, tous les Lyonnais savent qu’elle est souvent fermée au mois d’août car on profite de cette période où la circulation est moins importante pour intervenir.

Selon Daniel Buren, la ville se serait engagée à supprimer le passage des bus. Comme elle ne l’a pas fait, son oeuvre cède sous leur poids...
Ce n’est pas ce que je lis dans le cahier des charges qui a été rédigé pour la consultation remportée par le plasticien Daniel Buren et l’architecte Christian Drevet. Il est précisé que le projet devra tenir compte des usages de cette place, c’est-à-dire du passage des bus et de sa forte fréquentation lors des grands événements.

Mais la ville ne devrait pas décider d’interdire la place aux bus au vue de la dégradation qui s’accélére ?
Non, il n’y a pas d’autres itinéraires possibles. C’est 1 600 bus mais aussi le C1 qui passent chaque jour devant le Palais Saint-Pierre.

La ville n’avait vraiment pris aucun engagement concernant les bus ?

Elle avait prévu de les supprimer au nord et à l’est de la place, et de réduire la circulation des voitures sur la voie restant ouverte. Ce qui a été fait ! D’ailleurs, il faut préciser que Raymond Barre, maire de Lyon et président de la Communauté urbaine de 1995 à 2001, répondait dès le 4 mai 1998 à Daniel Buren qui lui avait écrit pour réclamer des travaux. Et il avait déjà la même analyse.


Qu’est-ce que répondait l’ancien maire de Lyon à Daniel Buren ?

C’est Benoit Quignon, le secrétaire général de la Communauté urbaine, qui a écrit cette lettre en son nom. Il écrit clairement que les dégradations constatées ont essentiellement pour origine un défaut de conception : l’inadaptation de l’ouvrage, des matériaux et des choix techniques retenus pour les usages de la place, c’est-à-dire la circulation intensive de transport en commun et les événements. Il a ajouté que des propositions avaient été faites pour y remédier. Il conclut en informant Daniel Buren que Raymond Barre n’a pas l’intention d’engager une requalification lourde de la place sous son mandat et que la direction de la voirie continuera à assurer les travaux d’entretien minimum assurant le fonctionnement de la place et la sécurité des usagers. Raymond Barre considérait que la place était tellement inadaptée à l’origine que ce n’était pas la peine de dépenser davantage.

Mais il y a donc quand même eu un entretien ?

Oui. La maintenance a été assurée. Sous le mandat de Barre, 1,5 millions d’euros ont été dépensés. Et on a continué au même rythme quand j’ai a été élu avec Gérard Collomb en 2001 à la mairie de Lyon.

Et quels ont été les arguments de Collomb pour ne pas complètement refaire cette place ?

Son analyse, c’est qu’il fallait attendre d’avoir complètement réhabilité la fontaine Bartholdi, elle aussi en très mauvais état mais beaucoup plus ancienne. En tant qu’adjoint à l’urbanisme, j’ai donc préparé tout le travail administratif et juridique, notamment pour obtenir des subventions qui pour permettre cette intervention. J’ai aussi demandé à des experts de préparer les solutions à mettre en oeuvre pour restituer la place des Terreaux car l’image qu’elle renvoie est effectivement peu conforme à la réputation de la ville. Ils ont identifié 11 points de dysfonctionnements, les remèdes et leurs coûts. Soit 10 millions d’euros pour la place et 2,4 pour la fontaine.

Est-ce qu’il ne faudrait quand même pas davantage protéger cette place des camions ?

Le problème, c’est que les potelets bloquant les véhicules n’ont pas été placés aux bons endroits. Et cela dès l’origine. Je veux parler de la partie nord côté Croix-Rousse. Il n’y a pas non plus de bancs de pierre pour les bloquer. Les camions de livraisons des restaurants, et même de la ville, font de larges demi-tour sur la place. Ils pénètrent d’autant plus que les terrasses débordent. Ils sont filmés par les caméras de télésurveillance. Qui a sensibilisé les restaurateurs, les entreprises de livraison et leurs chauffeurs à ce problème ?


Pourquoi l’usage de cette place n’a pas été mieux encadré par avance ?

Parce que ses coûts de maintenance n’ont pas été anticipés. A l’époque, cet aspect n’était pas systématiquement prévu à l’origine des grands projets publics. On l’a fait par la suite quand on a rénové les Berges du Rhône et préparé le réaménagement des Rives de Saône. Au passage, il me semble utile de préciser à nouveau que l’adjoint à l’urbanisme qui était en poste quand le projet Buren a été retenu, puis sous le mandat de Raymond Barre, c’était bien Henry Chabert. C’est seulement à la fin du mandat qu’il s’est vu retiré sa délégation pour d’autres raisons. Je m’étonne donc qu’il nous reproche aujourd’hui ce manque d’entretien. Je me rappelle aussi une anecdote où il avait vu des gars monter une tente d’exposition en essayant de planter des sardines dans la place ! Il avait du lui-même intervenir.

En fait, c’est plutôt la ville de Lyon qui devrait faire un procès à Buren ?

A ma connaissance, il y a eu du contentieux avec les entreprises. En revanche, Daniel Buren n’est pas responsable juridiquement. C’est l’architecte Christian Drevet. Mais je pense qu’il faut aujourd’hui passer à autre chose.

Souhaitez-vous que cette place soit totalement refaite ?

Non. Je veux même rappeler qu’à la consultation organisée pour cette place, je m’étais moi-même prononcé pour le projet Buren-Drevet car j’avais beaucoup apprécié son intervention au parking des Célestins. Aujourd’hui encore, je suis fasciné par cette place quand les 69 fontaines sont illuminées.

Certains réclament une revégétalisation ?
Sur cette question, je suis d’accord avec Henry Chabert. Ce n’est pas adapté. Il y a déjà un espace vert juste à côté, au coeur du Palais Saint-Pierre. Je ne suis donc pas choqué que la place des Terreaux soit minérale compte-tenu des monuments historiques remarquable qui l’entourent.

Quelles sont vos préconisations aujourd’hui car Danuel Buren ne reconnaît pas ces erreurs de conception ?
Il ne l’a effectivement jamais reconnu. Daniel Buren devrait travailler avec la ville pour aller vers des solutions plus adaptées aux usages de cette place afin qu’un réel entretien soit possible. A chaque coin des Terreaux, on se heurte à une problématique différente.

Est-ce qu’on ne pourrait pas remplacer les dalles de granite blanche et noire par de la résine sur la partie circulée par exemple ?
 Personnellement, j’ai vu que les dalles de granit se retrouvent en porte-à-faux car elle partent des Terreaux pour atteindre la voie de circulation. Or, quand un véhicule lourd passe sur une pierre en porte-à-faux... En janvier 2008, Daniel Buren s’était plaint que des "gougnafifers” avaient repeint certains endroits et il avait déjà menacé de faire un procés à la ville. Tout cela demande réflexion.

Pensez-vous sérieusement que cet artiste peut un jour accepter une main tendue de la ville ?
Oui. A priori, la ville n’a pas le choix. Si elle passe outre, je pense qu’elle finirait sans doute par gagner mais après des années de procédure. Aujourd’hui, il faut travailler avec Buren et mon avis est qu’il va accepter. Pourquoi refuserait-il de nouveaux honoraires ?

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