L’étonnant parcours de Patrick le Chinois

Date de publication : 10/03/2016

Le Lyonnais Patrick Veisselier sera sur la scène du Gramercy Theater de New York en février. Cet humoriste, peu connu en France, fait un carton dans le monde entier avec son spectacle en mandarin, destiné au public chinois. Comment en est-il arrivé là ? Il raconte. Par Maud Guillot.

Quel a été votre parcours avant de devenir Patrick le Chinois ?

Patrick Veisselier : Je suis né à Lyon en 1973 dans une famille modeste. Mon père était peintre en bâtiment et ma mère secrétaire. J’étais bon à l’école mais vers 18 ans, j’ai découvert le monde de la nuit et la fête. J’ai été fasciné. J’ai racheté ma première boite, la Bus Palladium, à la barre du tribunal avec un associé. J’avais seulement 20 ans. J’avais fait un crédit auto ! Ça a cartonné. Il y avait très peu d’endroits comme ça en centre-ville. Puis, j’ai vendu mes parts et j’ai racheté l’Ambassade que j’ai cédée en 2004. 


Comment êtes-vous devenu humoriste ?


Toutes ces années, c’était la fête avec tous ses excès. Mais à l’époque, j’étais marié avec une humoriste, Florence Foresti. Elle faisait du café théâtre avec les Taupes Models. On a divorcé quand j’ai vendu mes boites. Mais elle était déjà chez Stéphane Bern et attaquait Ruquier. En tout cas, c’est elle qui m’a inscrit à un plateau de café théâtre, à l’espace Gerson. Ça m’a plu. J’ai continué. 


Votre carrière s’est envolée ?

Sans plus ! Le Caveau de la République à Paris m’a proposé d’être résident. Ensuite, j’ai pas mal tourné, près de 500 dates au total. J’ai même fait l’Olympia en 2007 ! L’idée était de le remplir en étant inconnu. J’ai proposé des places à 15 euros en disant : si vous ne venez pas pour moi, venez découvrir ce lieu mythique. Et ça a marché. 


Quel était votre style ?

Du Dubosc en un peu plus vulgaire. C’était des thèmes vus 100 fois, sur les rapports hommes-femmes. Je jouais même de la flûte avec mon cul. Avec le recul, c’était vraiment too-much et ça ne me correspond plus du tout aujourd’hui. Ce spectacle marchait pas mal,  notamment en province, mais ce n’était pas très bon !


Comment avez-vous eu l’idée de faire un spectacle en chinois ?

On était avec des potes au bistrot. L’un d’eux, qui est d’origine chinoise, nous a fait remarquer qu’en France il y avait 20 000 comiques pour 60 millions d’habitants, alors qu’en Chine, il n’y en a pas alors qu’ils sont plus d’un milliard ! J’ai alors fait le pari de faire un spectacle en chinois. Et je me suis pris au jeu.
Les Chinois n’ont vraiment pas de comiques ?
Non, ils ont des duos d’humoristes qui se produisent en tenue traditionnel au sein des opéras. Mais il n’y a pas de stand-up. D’abord parce qu’il y a un réflexe de censure. Ensuite parce qu’ils ne comprennent pas l’intérêt économique de se produire devant 600 personnes alors qu’ils peuvent en toucher 200 millions par la télévision. La scène est un art mineur. 


Vous avez donc adapté votre spectacle en chinois ?


J’ai essayé. J’ai envoyé le texte de mon spectacle à une traductrice. Elle m’a dit que ce n’était pas possible, qu’il n’y avait rien de drôle pour un Chinois. Car les différences culturelles sont énormes. D’abord, ils détestent la vulgarité. Pour les Chinois, la France, c’est la classe et la galanterie. Ils ne comprennent pas un mec comme Bigard. Ensuite, il ne faut pas parler de politique. Et ils ne comprennent pas non plus le concept du personnage imaginaire auquel on fait semblant de s’adresser. Ils se retournent pour voir qui c’est ! Mais tout ça, ce n’est rien.


Quel est le point le plus problématique ?

Les Chinois n’ont aucun second degré. Ce qui enlève 99 % de nos vannes ! A ce propos, je raconte souvent comment j’ai déjeuné avec un avocat d’affaires chinois à Paris. A la fin du repas, je lui lance sous forme de boutade (...)

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