Une vraie expo pour Yoko Ono

Date de publication : 11/04/2016


Du 9 mars au 10 juillet, le musée d’art contemporain de Lyon consacrera ses trois étages à l’exposition "Yoko Ono Lumière de l’Aube”. C’est la première fois qu’une rétrospective est consacrée à cette artiste multiple, injustement méconnue en France. Les explications de Thierry Raspail, directeur du MAC de Lyon. Par Marie Veronesi

Comment se fait-il que ce soit seulement la première rétrospective en France pour cette artiste de 83 ans ?
Thierry Raspail : Il y a plusieurs raisons. L’une d’entre elles, purement artistique, est liée au fait que Yoko Ono n’a jamais personnellement revendiqué son rôle à l’intérieur même de l’art contemporain. Au milieu des années 50, elle débarque du Japon à New York, avec un certain bagage culturel, car elle vient d’un milieu social privilégié. En 1961, elle se met à organiser des sortes de concerts-performances, des "event” dans son studio au Sud de Manhattan. Chorégraphes, musiciens expérimentaux, poètes... tous les artistes avant-gardistes de New-York s’y rendent. C’est un tout petit milieu très prolifique. Elle rencontre notamment George Maciunas qui passera pour nous comme le théoricien et l’inventeur de Fluxus alors qu’en fait, il a tout connu grâce à Yoko Ono.

Elle s’est fait voler la vedette ?
C’est surtout un concours de circonstances. Ce mouvement d’art contemporain va d’une certaine manière se créer grâce à elle mais prendre son envol sans elle. Parce qu’en 1962 quand Fluxus décolle, Yoko Ono vient de partir au Japon. Elle a continué à y faire des trucs, mais elle n’est pas apparue comme une artiste majeure. Reconnaissons aussi qu’il s’agissait d’un milieu d’hommes, elle était quasiment la seule femme... Et puis quand elle rentre du Japon en 1966, c’est pour s’installer à Londres. Entre temps Fluxus est parti.

C’est là qu’elle rencontre John Lennon...
La veille du vernissage de son exposition dans une galerie londonienne ! Il voulait savoir s’il pouvait planter un clou dans sa "peinture pour planter des clous”. C’est littéralement une toile blanche à laquelle est accrochée un véritable marteau, avec des clous. Elle lui avait répondu que ça ne posait pas de problème s’il payait 5 shillings. Au lieu de le faire, John Lennon lui a alors demandé s’il pouvait planter un clou imaginaire... Ils étaient sur la même longueur d’ondes !

C’est aussi parce que les Français n’ont jamais digéré qu’elle ait causé la séparation des Beatles qu’ils ne se sont jamais intéressés à son travail d’artiste ?
Oui, au delà du fait qu’en France on pense que l’art conceptuel est prise de tête, son rôle supposé dans la rupture des Beatles va être un handicap pour sa reconnaissance en tant qu’artiste. A partir du moment où elle en couple avec John Lennon, elle change de statut. Ils renvoient l’image d’idéalistes plein de fric. On va la voir comme une "agitateuse de luxe”, une étrange femme qui fait de la musique expérimentale hybride. Et au final, l’imagerie "people” a pris le dessus sur l’oeuvre. Sans compter l’assassinat de Lennon qui est venu rajouter une couche au mythe. Il a fallu énormément de temps pour qu’on s’intéresse à son travail d’artiste.

Elle n’a pas essayé de changer la donne ?
Non, elle n’a jamais cherché à intriguer pour faire des expos. Elle n’a jamais revendiqué non plus son rôle au sein de Fluxus, elle ne s’est jamais plaint, n’a jamais dénoncé qu’on l’ait oubliée... Alors qu’avec tout le fric qu’elle a, elle aurait pu racheter le New-York Times et faire un numéro spécial sur elle !

Elle est donc modeste ?
J’ai été plusieurs fois dans son appartement pour des réunions de travail. Son comportement laisse entrevoir une personne extrêmement discrète, a priori pas autoritaire. Elle parle peu fort, est très à l’écoute et naturelle. A mon avis c’est quelqu’un de méfiant. Elle ne s’est jamais remise de l’assassinat de Lennon. Elle a un peu peur du monde, de la foule. Mais dans l’intimité elle est extrêmement charmante et sait tout à fait ce qu’elle veut. Elle contrôle énormément son image et refuse beaucoup d’interviews, de plateaux télé. Je crois qu’à l’âge qu’elle a, elle veut éliminer au possible toutes les scories qui seraient liées à l’imagerie des stars, du rock, et de la peopolisation.

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