Les tribus de Nuit Debout 


Date de publication : 14/06/2016

A Lyon, ce mouvement citoyen multiforme occupe la place Guichard depuis plus d’un mois. Anarchistes, sympathisants d’extrême gauche, abstentionnistes... Si tous partagent le même constat d’échec du système actuel et la même envie de changement, ils refusent de parler d’une voix commune et ne s’entendent pas sur les mesures à prendre. Mag2 Lyon est allé à la rencontre de ces "Nuit Deboutistes” pour essayer de comprendre qui ils sont et ce qu’ils veulent. Reportage. Par Marie Veronesi

"Selon l’endroit de la place, le jour et l’heure où vous venez, vous ne verrez pas la même Nuit Debout”, nous prévient Camille, trentenaire au RSA qui a participé à la majorité des Nuit Debout lyonnaises. Il est vrai qu’en se baladant sur la place Guichard et en prenant la peine de discuter avec les gens présents, on entend presque autant de points de vue. On y croise pêle-mêle des jeunes précaires, des trentenaires désabusés, des vieux syndicalistes ou des membres de parti politique d’extrême gauche qui prêchent pour leur paroisse, des féministes, des anarchistes, des punks à chiens, des étudiants, des sans-abris, des retraités... Tous cependant sont là pour échanger et se réapproprier le débat public, partageant le même constat : la société d’aujourd’hui ne fonctionne plus. Que mettre à la place ? Il y a autant de réponses que de personnes... "Nous sommes un mouvement citoyen de convergence qui s’inscrit dans une démarche de libération de la parole, d’éducation populaire, d’apprentissage et de réappropriation de la démocratie. Nous partageons une volonté d’une société horizontale, débarrassée d’une classe politique qui nous confisque nos voix, précarise nos vies à travers le travail et toute une série de lois que nous vivons comme injustes”, présente le site internet lyonnais du mouvement. Né dans le contexte de contestation de la Loi Travail, Nuit Debout est très vite allé plus loin qu’une simple critique de cette loi socialiste, sorte de goutte d’eau d’un vase déjà bien plein. "Ca faisait longtemps que j’attendais quelque chose de cette ampleur”, confie Matthieu, 46 ans, "intermittent par intermittence”.


Epluchage de patates et descente de bières

Le mouvement a d’ailleurs séduit les deux premières semaines, où la place Guichard s’est transformée en une gigantesque Agora où tout le monde pouvait prendre la parole. En plus de la logistique et de la communication, le mouvement s’est doté d’un nombre impressionnant de commissions : santé et sérénité, éducation, science debout, droits de l’Homme et culture, poétiser l’espace public, micro-banlieues, démocratie, langage, agriculture et écologie, boycott ciblé, jardinage, finances et banque... En prenant une pancarte où l’on inscrit le thème, tout le monde peut lancer un débat. Et à chaque débat, tout le monde peut exprimer son approbation ou son désaccord, en prenant la parole ou en faisant des gestes en silence. A la fin de chaque groupe de travail, un compte rendu est rédigé selon les bonnes volontés de chacun. Des thèmes comme le manque de représentativité en politique, la réduction du temps de travail, l’instauration d’un salaire à vie, l’anti-spécisme, une meilleure prise en compte des inégalités de toutes sortes reviennent souvent sur le tapis. On y entend des gens experts, comme d’autres qui ont plus tendance à camper sur leur vécu. Mais la 3ème et la 4ème semaine, le mouvement a commencé à changer de visage. "Petit à petit, il y a pas mal de cas soc’ qui sont venus parce qu’il y a à manger et des gens bienveillants. Plus ça a commencé à devenir un squat à ciel ouvert, plus ça a attiré un autre type de population et fait fuir les curieux des premiers jours. Aujourd’hui il reste les gens les plus déterminés”, raconte un participant qui préfère rester anonyme. Ces derniers jours, il y avait en général une soixantaine de personnes sur la place, vaquant à diverses occupations : de l’épluchage de patates à la descente de bières, tout en écoutant les divers débats au micro. A défaut de parvenir à établir une liste de revendications claires, ou d’insuffler une nouvelle dynamique par une forme plus structurante, le mouvement risque bien de s’essouffler prochainement...


Si Nuit Debout n’est pas en mesure d’exprimer des revendications consensuelles, force est de constater que ses membres font attention à leur communication. "Nous sommes assez méfiants sur l’attitude des médias mainstream qui cherchent des leaders, et qui veulent trop vite cadrer le mouvement, au risque de le classifier et de le faire disparaître prématurément”, précise un membre de Nuit Debout lors d’un compte-rendu de la commission communication. Ainsi, dans un document interne, Nuit Debout encourage ses membres à adopter des éléments de langage et une attitude globale devant les médias : "ne donner que son prénom”, "intervenir à plusieurs”, "éviter au maximum les cadrages serrés sur une seule personne”, "insister pour demander des plans d’ensemble sur l’AG”... Lors de notre reportage, nous aurons d’ailleurs du mal à interviewer certaines personnes qui déclineront notre proposition d’interview car elles ont déjà parlé dans d’autres médias et ne veulent pas être identifiées comme leaders du mouvement... Ou devenir des stars grâce à Mag2 Lyon ! Pour parler de Nuit Debout, Mag2 Lyon a décidé de dresser une série de portraits, représentatifs des différentes tribus présentes dans ce mouvement. (...)

Vous êtes intéressés pour lire la suite de cet article, paru dans un dossier sur "Mouvements citoyens, Nuit Debout, Think Tank, Zèbre... Les Lyonnais qui veulent changer la politique” dans le numéro de mai 2016 de Mag2 Lyon ? Envoyez nous un mail à redaction@mag2lyon.com pour acheter l’article à l’unité ou commander directement le numéro complet de Mag2 Lyon
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