A Lyon, la roux-volution est en marche

Date de publication : 14/06/2016


Souvent moqués, parfois discriminés, les roux ont décidé de prendre leur destin en main. Depuis plus d’un an, des "apéroux”, soirées spécialement réservées aux personnes rousses sont ainsi organisées à Lyon. Bonne excuse pour prendre l’apéro ou fin d’une souffrance isolée ? Décryptage. Par Marie Veronesi

Tout est parti autour d’un verre entre Alice, jeune serveuse anglaise de 24 ans, et Gérald, 44 ans, livreur de quenelles. Habitués des bars du Vieux Lyon, les deux amis se disent que "ce serait marrant d’avoir plein de rouquins et de rouquines à l’intérieur d’un pub”. Le concept des Apéroux à Lyon est lancé en février 2015. Chaque mois, une vingtaine de roux se réunissent alors au Johnny Walsh’s à Saint-Georges. Les bruns et blonds sont quant à eux invités à porter une perruque s’ils veulent participer. Ambiance bon enfant, chevelures orangées et pintes de bière constituent ces soirées un peu particulières. Le 20 septembre dernier, le livreur de quenelles aux allures de viking est même allé plus loin en essayant d’organiser le plus grand rassemblement de roux de France, à Lyon. Une première dans l’Hexagone qui s’est soldée par un flop : seule une vingtaine de personnes ont répondu présentes. Mais il en faut plus pour décourager Gérald Marchal : "C’était le premier et unique événement du genre en France, alors même si j’ai réuni peu de gens, j’ai atteint l’objectif de réunir des roux de 7 à 77 ans”, explique-t-il, bien déterminé à renouveler l’événement l’année prochaine, lors des Journées du Patrimoine. Le rouquin à la barbe et la chevelure impressionnante est même en train de créer une association, songe à créer sa propre radio et à diffuser des vidéos spécialement pour les roux. Pour des questions d’organisation et surtout pour attirer plus de monde de façon ciblée, il n’existe aujourd’hui plus que deux "Apéroux” par an, un avant l’été et l’autre en septembre.

"Sale rousse tu pues”

Si le sujet peut prêter à sourire, il n’en reste pas moins que la souffrance des roux existe. Cible de blagues un peu vaseuses, les roux peuvent rapidement faire l’objet de discriminations. "Ca pue, c’est moche, ça prolifère plus vite que la grippe A : le roux !”, "Harry Potter n’est pas du tout réaliste : comment un roux peut-il avoir deux amis ?”, "Si j’ai un enfant roux, je le noie”... Il existe un nombre incalculable de pages Facebook aux blagues plus ou moins drôles, plus ou moins méchantes sur les roux. Cette prolifération de railleries virtuelles peut cependant se traduire par des situations humiliantes bien réelles à l’issue parfois tragique. En 2013, Matteo, un collégien de Bourg-Saint-Maurice s’est donné la mort, après avoir été la cible de moqueries incessantes sur ses cheveux roux. Selon une source judiciaire, l’adolescent de 13 ans était "en souffrance de par ses camarades de classe”. Le jeune garçon s’est pendu dans sa chambre. Toutes les personnes rousses n’en arrivent heureusement pas à des actes aussi extrêmes et désespérés, mais tous témoignent d’un climat social désagréable, surtout pendant l’adolescence. "En tant que rousse, l’époque du collège a été très dure à vivre. On me criait souvent depuis l’autre bout de la cour des choses comme "sale rousse”, "tu pues de la chatte”, "ça sent le chien mouillé” … Ce qui me faisait ressentir beaucoup de honte”, raconte Laura, étudiante infirmière. A tel point que la jeune lyonnaise préférera changer de collège pour sa dernière année. "Comme beaucoup d’autres roux, j’ai longtemps eu droit à des blagues lourdes et aux inévitables questions, comme "Mais tes parents sont-ils roux ?", "Tes enfants seront-ils roux ?", souvent avec une pointe de pitié pour les futurs enfants évidemment...”, ajoute Olivier, ingénieur de 23 ans. Il existe des préjugés qui touchent indistinctement les roux et les rousses comme leur prétendue mauvaise odeur, et d’autres qui touchent spécifiquement les femmes. Si les hommes roux sont réputés violents et hypocrites, on considère souvent les rousses comme des femmes faciles. "La rousseur chez les femmes est associée à un comportement sexuel particulier, voire à de la nymphomanie. A tel point qu’on a associé très rapidement la rousseur et la prostitution. D’ailleurs, au 19ème siècle, des médecins tout à fait sérieux n’hésitaient pas à dire que les rousses portaient en elles le gène de la prostitution”, explique Valérie André, professeur de littérature à l’Université libre de Bruxelles, auteur de l’ouvrage "La question rousse”. Un vieux préjugé qui a encore des répercussions aujourd’hui. "Maintenant que je suis adulte, le seul point négatif qu’il reste à être rousse, ce sont les hommes lourds qui veulent coucher avec une fille rousse et m’approchent frontalement pour ça”, témoigne Laura, lasse d’être l’objet de propositions sexuelles indécentes à cause de sa chevelure flamboyante.

"Créatures du diable”

Mais d’où viennent ces préjugés ? A quand remontent-ils ? C’est ce qu’a essayé de comprendre Valérie André, maître de recherche au FNRS (Fonds de la Recherche Scientifique). Cette chercheur en littérature française spécialiste du 18ème et 19ème siècle, s’est penchée sur la question après avoir lu un roman dans lequel un personnage roux s’interrogeait sur les raisons des moqueries qu’il subissait. Remarquant l’intemporalité de celles-ci, la chercheur s’est mise en quête de comprendre l’origine du préjugé. Valérie André a fini par en tirer un livre : "La question rousse”, dans lequel elle se livre à une sorte d’archéologie du préjugé. "C’est très compliqué à démêler parce que ce préjugé n’est pas né tel quel, du jour au lendemain. Il est sans doute apparu en même temps que l’humanité”, remarque-t-elle. Il faut savoir au préalable qu’un homme et une femme qui n’ont pas d’ascendant familial roux ont 3% de chance d’avoir un enfant roux. Il existe donc des roux en Chine ou en Afrique. (...)

Vous êtes intéressés pour lire la suite de cet article, paru dans le numéro de mai 2016 de Mag2 Lyon ? Envoyez nous un mail à redaction@mag2lyon.com pour acheter l’article à l’unité ou commander directement le numéro complet de Mag2 Lyon
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