“Les attentats auraient pu être évités”

Date de publication : 12/09/2016

Le député Les Républicains du Rhône, Georges Fenech, vient de rendre un rapport de 300 pages sur les attentats de 2015. Il a en effet présidé la commission d’enquête de l’Assemblée nationale qui a travaillé pendant cinq mois sur le sujet, pour mieux comprendre le déroulé des faits. Mais aussi les insuffisances de l’Etat. Pour cet ex-magistrat, le constat est amère : ces attaques auraient pu être évitées. Grand entretien. Par Maud Guillot

LA COMMISSION


Pourquoi avez-vous demandé une commission d’enquête parlementaire sur les attentats de 2015 ?
Georges Fenech : Le groupe Les Républicains et moi-même avons demandé cette commission d’enquête que je souhaitais en réalité depuis Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher. Il en existait déjà une, menée par Eric Ciotti et Patrick Mennucci, mais plus sur les filières djihadistes. Après le 13 novembre, je suis revenu à la charge. Nous avons laissé passer les élections régionales pour ne pas donner l’impression de rompre l’unité nationale ou d’exploiter ce drame politiquement. Mais la commission d’enquête sur les attentats de janvier et de novembre 2015 a commencé à travailler dès février. 


Vous souhaitiez "épingler” des failles du Gouvernement qui est votre adversaire politique ?

Pas du tout. Cette commission d’enquête est composée de 30 membres qui reflètent l’état des forces politiques au sein de l’Assemblée nationale. Il y avait donc 15 socialistes. Il n’était pas du tout question de sortir un rapport à charge. D’ailleurs, j’ai vraiment souhaité travailler de manière trans-partisane. On s’est même mélangés en commission. Je l’ai répété : nous ne sommes pas des juges, ni des procureurs. Nous souhaitions juste connaître la vérité. Et répondre à une question : Comment ces attentats ont-ils pu se produire ? Pour ensuite faire des propositions.


Pourquoi c’est vous qui avez été nommé président de cette commission ?

J’ai été nommé président car la commission était à l’initiative des Républicains, mais le rapporteur Sébastien Pietrasanta était un élu PS. On s’est d’ailleurs très bien entendus. Personnellement, j’avais déjà participé à d’autres commissions d’enquête comme Outreau ou Cahuzac. J’avais aussi présidé celle sur les sectes. Le rôle d’un parlementaire n’est pas juste de voter les lois. Il doit aussi contrôler l’action du Gouvernement.

Comment avez-vous travaillé ?

On a auditionné près de 190 personnes, parfois à huis clos. Des témoins, comme des policiers, des médecins... C’est très officiel car ils peuvent être condamnés pour faux témoignage. On peut aussi les contraindre. On peut demander la déclassification de différents secrets défense. Et je peux vous dire qu’on ne sort pas indemne d’une telle commission. On a côtoyé beaucoup de souffrance. Quand on a vécu ça, on n’a pas le droit d’être politicien.

Vous avez aussi fait beaucoup de terrain...

On est à Lille et Marseille pour suivre les services de renseignement et de secours. On a visité le quartier dédié aux radicalisés à Fresnes, on est allé au siège de la DGSI... On a aussi beaucoup voyagé et le hasard a voulu qu’on tombe régulièrement dans des pays qui venaient eux-aussi de subir des attentats, à Bruxelles, pour le quartier de Molenbeek, le lendemain des attaques à l’aéroport, à Washington pour évaluer la réaction américaine après le 11 septembre, au moment d’Orlando, à Copenhague, à Ankara, en Israël où nous avons visité la sécurisation de l’aéroport de Tel-Aviv... 


Pourtant, votre "reconstitution” au Bataclan a fait polémique chez certaines victimes qui n’ont pas compris votre démarche...

Je comprends leur douleur. Elles ont le droit de dire ce qu’elles pensent. Mais nous avons beaucoup discuté avec les familles des victimes. C’est par elles que nous avons commencé pour marquer nos solidarité et montrer qu’on travaillait pour elles, et c’est par elles que nous avons fini nos travaux. Nous souhaitions aller au Bataclan, pas pour une reconstitution au sens judiciaire. La justice fait son travail et ce n’est pas moi qui vais empiéter sur ce domaine. Mais nous avions besoin de comprendre les difficultés d’intervention de la police et la configuration des lieux. Nous y sommes allés avec le RAID, les secours, la BRI... C’était important de visualiser cela. On a reconstitué le déroulé des faits minute par minute. Un travail unique.

RENSEIGNEMENT


Après cette enquête, est ce que vous pensez, oui ou non, que ces attentats auraient pu être évités ?
Oui, je pense que ce attentats auraient dus et auraient pu être évités. Il y a eu des dysfonctionnements et des failles. Notamment dans le Renseignement. Il ne s’agit pas d’accuser des hommes, mais de comprendre pour en tirer les leçons.


Certains disent que le Bataclan aurait dû être surveillé car il avait fait l’objet de menaces...

Lors d’un attentat au Caire, les autorités ont entendu un certain Farouk Ben Abbes qui a évoqué un projet d’attaque contre le Bataclan. Mais il s’agit d’un procès verbal de la DCRI qui date de 2009 et qui n’a rien donné. En juin 2015, un autre témoignage, reçu par le juge antiterroriste Marc Trévidic, a évoqué une salle de rock... Mais il était très compliqué de faire le rapprochement entre les deux. Il y a de nombreuses salles de rock à Paris. Et il aurait fallu que les mêmes agents travaillent sur ces deux infos. La cible ne pouvait pas être identifiée. Ce qui ne veut pas dire que ces attentats n’auraient pas pu être empêchés. 


Alors qu’est ce qui a "foiré” ?

C’est sur le suivi des auteurs qu’il y a eu des ratés. Comment ces hommes tous connus des services de renseignement, fichés voire condamnés, ont-ils pu commettre ces actes ? Tous les auteurs, les trois assaillants du Bataclan, comme les frères Kouachi et Amedy Coulibaly, étaient en effet tous dans les radars du renseignement. Ils sont passés à l’acte avec une facilité déconcertante. Ils ont circulé en Europe, sans être interceptés. Il vous reste 75% de l’article à lire.

Vous êtes intéressés pour lire la suite de ce grand entretien, paru dans le numéro de juillet-août 2016 de Mag2 Lyon ? Envoyez nous un mail à redaction@mag2lyon.com pour acheter l’article à l’unité ou commander directement le numéro complet de Mag2 Lyon

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