Anina Cìuciu “Je voulais faire renaître la fierté des Roms”

Date de publication : 12/09/2016


Future avocate, Anina Cìuciu, une jeune femme de 26 ans, rom, roumaine et française incarne la "Rom intégrée qui a réussi”, malgré elle. Son parcours des bidonvilles de Craiova jusqu’aux bancs de la Sorbonne, en passant par un squat lyonnais et la misère à Bourg-en-Bresse, est pour le moins inspirant. Elle refuse cependant d’être présentée comme une exception ou pire, un modèle. Portrait. Par Marie Veronesi

Anina a hésité à nous accorder cet entretien. Elle a trop souvent été déçue par le traitement médiatique de son histoire. "Les journalistes ont fait dans le sensationnalisme, le misérabilisme, à parler de moi comme d’une exception qui avait réussi à s’en sortir... Un journal avait par exemple titré à mon propos "ex mendiante, future juge” c’est très réducteur”, regrette la jeune femme de 26 ans, en sirotant un coca avec une pointe de citron, tout près de la Part-Dieu, début juillet. Elle nous assure que son parcours n’a rien d’exceptionnel. "Parler d’exception sous-entend de parler d’une règle. Et la règle ici serait que tous les Roms sont voués à rester dans la misère des bidonvilles”, précise-t-elle. Pourtant, quand on l’entend raconter son histoire, son parcours force l’admiration et instille la compassion.

Anina Cìuciu voit le jour à Craiova, en Roumanie, le 4 janvier 1990. Elle est la deuxième d’une famille de quatre filles. Jusque là, sa famille s’en sortait plutôt bien. Son grand-père paternel avait réussi à devenir directeur d’un magasin alimentaire à l’époque du communisme. "Il avait réussi à avoir beaucoup d’influence, il avait même des amis juges, ce qui était extraordinaire pour un Rom à l’époque. Sa réussite était due à ses capacités mais aussi à sa chance de ne pas ressembler à un Rom, d’être blanc aux yeux bleus”, raconte Anina sans illusion, derrière ses belles boucles noires. Le grand-père attache beaucoup d’importance à l’éducation de ses six enfants. Le père d’Anina fait des études de comptabilité et devient comptable dans un magasin de ventes de pièces automobiles. Sa mère travaille comme infirmière à l’hôpital public de Craiova.

Avant la naissance d’Anina, la Roumanie est encore sous le joug du communisme. Les Roms n’existent pas aux yeux de l’Etat. "Ca va paraître surprenant, mais c’était une époque bénie pour tout le monde. Malgré le fait qu’ils devaient se cacher, c’était assez favorable pour les Roms car on ne faisait pas de différence entre les Roumains et les Roms, on était tous "camarades””, décrit Anina. Aujourd’hui encore, ses parents regrettent amèrement cette époque. "Quand je les entendais dire ça, moi qui ai été élevée dans la bonne éducation française où on nous apprend que Ceaușescu c’était le diable absolu, j’étais horrifiée ! Mais en fait je les comprends, durant le communisme ils pouvaient encore vivre et travailler dignement dans leur pays”. La fin du communisme en décembre 1989 signe l’arrivée de bouleversements politiques et économiques importants pour la Roumanie avec l’instauration du capitalisme. Le chômage grimpe, beaucoup de gens perdent leur travail. Les Roms sont les premiers touchés. "Il y a eu des dénonciations, comme si c’était un crime d’être Rom. Du jour au lendemain, ils ont perdu leur emploi, toute considération et toute dignité”.  Les parents d’Anina font partie de ceux-là. A l’aube des années 90, la vie devient très difficile pour les Cìuciu. La famille vit en périphérie de Craiova, dans un quartier majoritairement rom, privé de toutes infrastructures. Il n’y a pas d’eau courante, pas d’électricité, pas de canalisations, pas de route... Il faut se débrouiller et payer pour se raccorder au réseau.

Contraints à l’exil

Face à l’impossibilité d’avoir un travail, l’absence de système social, beaucoup de gens partent. En 1997, le père d’Anina choisit lui aussi la voie de l’exil. "Il ne voulait pas partir. Il avait peur que mes soeurs et moi arrêtions l’école, que nous devenions analphabètes. Et puis il était patriote, il aimait son pays. Personne ne veut quitter son pays du jour au lendemain. Au fond ce n’était pas un choix. La seule façon d’avoir une vie digne c’était de partir”, raconte la jeune femme. Par contre, la destination finale, la France, est un choix. Féru de littérature, le père d’Anina est fasciné par le pays des Droits de l’Homme. Il est convaincu que c’est là qu’il pourra offrir une vie digne à ses filles. Là où ils pourraient tous être égaux, sans être différenciés de par leurs origines. En 1997, la famille Cìuciu quitte donc Craiova avec l’espoir d’une vie meilleure. Ils visent Lyon, où des cousins se sont déjà installés.

La famille essaye d’abord d’obtenir des visas, sans succès. Elle fait alors appel à des passeurs. Le voyage est long et éprouvant. Entassés dans un camion avec une vingtaine d’autres personnes, les Cìuciu comptent les jours, se rattachent à l’image d’orangers et de mandariniers que des proches, déjà partis, leur ont décrit en Italie. Le voyage est dangereux, les routes sinueuses. Le camion manque de tomber dans un ravin. L’embarcation traverse des paysages dévastés par la guerre
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