Confinement mode d’emploi, les conseils du Dr Patrick Lemoine

Date de publication : 19/03/2020

Confinement mode d’emploi, les conseils du Dr Patrick Lemoine

Se retrouver du jour au lendemain toute la journée confiné seul, en couple ou en famille, peut bousculer beaucoup de repères car il ne s’agit pas de vacances. Comment s’organiser, gérer les conflits et tenir la distance ? Les conseils du Dr Patrick Lemoine, psychiatre spécialiste des neurosciences et de la chronobiologie.


Est-ce qu’on peut réellement parler d’un vrai confinement puisqu’on peut sortir pour ses courses ou le travail si nécessaire ?

Patrick Lemoine : Tant qu’on a le droit d’aller prendre l’air, même tout seul, ou de parler avec le voisin par la fenêtre, cela s’apparente davantage à une liberté surveillée avec assignation à résidence et bracelet électronique.

Mais les effets sont identiques ?

Non, si les gens étaient obligés de ne plus quitter leur domicile et de se faire livrer leurs repas par un service d’Etat par exemple, ce serait très différent. On assiste aujourd’hui à des scènes de convivialité dans les files d’attente qui recréent aussi du lien social.

Pourtant, Edouard Philippe, le Premier Ministre, a justifié la fermeture des commerces non alimentaires par le non respect des règles de précaution de distanciation sociale…

Oui, et je le comprends car on a été la risée du monde, de la Chine à la l’Italie, quand les télés ont montré les images des parcs de Paris et des berges de la Seine avant leur fermeture. Il y a encore un peu de rébellion mais je sens plutôt un élan un peu boy-scout de solidarité, comme après les attentats du Bataclan.

Etre confiné à la ville ou à la campagne, ne présente pas non plus les mêmes contraintes ?

C’est très différent d’être confiné en immeuble, au pire sans balcon, ou dans une maison. Il faut aussi distinguer le cas des célibataires, des couples et des familles avec enfants. Mais il y a un point commun : on doit garder un rythme. Il faut conserver les mêmes habitudes qu’on avait les jours de travail pour éviter une plongée en déprime. En tant que chronobiologiste, je sais que c’est essentiel. Par exemple, continuer à se lever à la même heure, travailler mais aussi prévoir des pauses à horaires réguliers, des moments d’isolement… Sinon, on risque de vivre ce phénomène de glissement qu’on constate chez certains retraités avec même une surmortalité la première année. Ou encore en prison ou chez ceux qui s’isolent dans des grottes pour des expériences scientifiques et qui finissent par perdre toute notion du jour ou de la nuit.

Quels conseils donnés aux couples ?

Ils ne sont pas habitués à vivre en huis-clos 24h sur 24h. On peut craindre des tensions et même une hausse des violences conjugales, verbales voir physiques. Ce que j’ai conseillé dans mon livre sur les scènes de ménages, c’est non seulement d’en rester aux échanges de mots, casser peut-être une assiette mais ne jamais frapper l’autre. Il faut aussi éviter absolument l’humiliation dans les insultes. Si le conjoint est un urbain svelte, on peut le traiter à la limite de gros plouc mais si c’est un paysan effectivement un peu obèse, c’est à éviter. Autant en rester aux gros mots du capitaine Haddock ! Bachi-bouzouk ou ectoplasme, ça fonctionne très bien. On ne parle pas non plus des performances sexuelles ou des performances professionnelles ni du physique de l’autre ou de son vieillissement. En résumé, il faut éviter de percuter son conjoint. Mais ce confinement peut aussi être l’occasion de retrouvailles.

Et les célibataires ?

Le risque, c’est évidemment l’ennui. Ils peuvent lire mon livre sur le bonheur de s’ennuyer ! Ce que je conseille, c’est de faire ce qu’on aime. Il n’y a pas de passe-temps universel. 

Le télétravail est plus facile pour un métier déjà exercé sur ordinateur que si on occupe un poste dans un atelier…

C’est vraiment dans ces cas là que je conseille de se lancer dans un projet long, à varier selon les goûts et les profils de chacun. Ecrire une nouvelle ou un livre, construire une maquette en allumettes si on habite en appartement, ou une cabane dans son jardin quand on est en maison, isoler une pièce ou aménager une terrasse… L’intérêt, est d’avoir un avenir et de s’y projeter. Tant qu’on se projette dans un avenir, on ne déprime pas ! Plutôt que des trucs au coup par coup, il faut un projet individuel ou collectif.

Quelles difficultés doivent gérer les familles ?

Cela n’a rien d’évident pour des parents de se retrouver enseignants ou gardes d’enfants. L’important, c’est d’organiser un conseil de famille dès les premiers jours pour se fixer des règles. Il faut des temps partagés, que ce soit devant la télé, avec un bouquin, ou autour d’un jeu de société, mais il faut aussi des temps morts. Prévoir un sanctuaire dans le temps et dans l’espace ! Même dans un studio, chacun doit avoir son territoire et son temps à lui. Les parents doivent comprendre que les enfants ont besoin de temps où on leur fout la paix ! Que ce soit devant leur consoles ou pour des rêveries. Les enfants doivent aussi accepter que les parents ont besoin de tranquillités. Là aussi, il faut des règles pour gérer les conflits. Evidemment, en aucun cas on ne doit se donner le droit de frapper ou d’humilier.

Certains enfants paniquent face à la masse de travail donné à distance par les professeurs et d’autres ne font plus rien parce qu’il n’y a plus le cadre scolaire. Comment trouver un équilibre ?

Les parents doivent jouer un rôle de réassurance. Tout d’abord prendre du temps pour discuter et jouer avec eux. Les parents ne sont pas des enseignants. Leur rôle est de vérifier si leur enfant ne passe pas tout son temps sur sa console. Mais, en même temps, il faut essayer d’avoir un lien parents-professeur si possible. Laisser seuls les enfants gérer ces consignes de travail, cela me paraît difficile. Les parents doivent pouvoir alerter le professeur si leur enfant est prostré dans son coin car il ne comprends plus les cours.

Même en suivant vos conseils, tout ce bel ordonnancement ne risque-t-il pas d’exploser si le confinement se prolonge ?

Si, c’est même ce qui est le plus à craindre. Les deux premières semaines de confinement, on peut trouver cela exotique et vivre une forme d’euphorie. On se retrouve sans patron ni professeur !

Est-ce qu’Emmanuel Macron a eu raison d’annoncer 15 jours comme il l’a fait ou devait-il d’emblée parler de 45 jours ou même de deux mois comme le prédisent certains experts ?

Je me suis beaucoup posé la question quand je l’ai entendu lundi soir. Il n’y a pas de vérité absolue.  Cela dépend de la constitution de chacun. Faut-il faire passer la pilule en une fois ou la fragmenter ? Annoncer directement qu’on va grimper à 3000m ou annoncer les sommets à franchir un par un, pour monter en trois fois 1000m ? Emmanuel Macron a quand même dit 15 jours « au moins » et cette précision suffit pour que la majorité des Français aient déjà compris que ce serait plus long. Pour tenir la distance, il faut donner du civisme. Les media jouent parfaitement le jeu sur le thème : on va le vaincre ce putain de virus. L’exemple de l’Italie démontre qu’on peut en tirer une certaine fierté avec ces gens qui chantent du bel canto dans les cours et qui sont repris par leurs voisins. Ils ont le sentiment d’avoir donné l’exemple.

Les fake news et les théories complotistes ne vont pas déstabiliser la situation ?

C’est une frange populiste qui a toujours existé. On pourrait voir aussi des gens descendre dans la rue pour défier les consignes de confinement.

Et les chefs d’entreprise, comment peuvent-ils encadrer au mieux leurs équipes ?

Il y a deux fois plus de fumeurs dans une entreprise dont le patron fume que dans une boite où il ne fume pas. On constate le même phénomène dans les hôpitaux et les cliniques. Si le directeur montre qu’il tient le coup, et qu’il se démène, qu’il garde ses rythmes au lieu de devenir livide, ses collaborateurs croiront que l’entreprise va s’en sortir. Pour parler simplement, montrer l’exemple, c’est le mieux qu’il puisse faire !


Propos recueillis par Lionel Favrot


Patrick Lemoine : Scènes de ménage - Saines ou malsaines ? Editions Armand Colin, 197 pages, 22,50€ S’ennuyer, quel bonheur ! Editions Armand Colin, 182pages, 23,40€

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