COVID19 : lettre ouverte du Dr Carlioz

Date de publication : 15/11/2020

COVID19 : lettre ouverte du Dr Carlioz


LES 3 MARCHES DE L’ESCALIER DE LA PEUR DE LA COVID 19

« Une solution pour la réanimation »


Toujours, l’humanité planétaire a craint les menaces de pandémie. D’ailleurs étymologiquement, le mot « hôpital » vient du latin                          « hospitalia » signifiant « chambres pour les hôtes » puis « refuge pour les indigents » (qui a donné « hospitalité » et « hospices »), mais le mot hôte provient lui-même de « hostis » signifiant l’étranger, l’ennemi (qui a aussi donné « hostilité »), conduisant a créer progressivement en tout lieux le principe de la quarantaine pour isoler l’étranger perçu comme un vecteur pathologique potentiel  et pour chercher à pallier l’anxiété ainsi générée (« L’incertitude est le plus puissant carburant de l’anxiété » Antoine PELISSOLO, professeur de psychiatrie). C’est pourquoi les personnes en responsabilités doivent impérativement répondre efficacement à ce sentiment d’anxiété pour gérer les crises au plus près. Autrement ce sentiment peut à tout moment basculer dans celui de la panique émotionnelle puis vers la peur. Pour éviter cette bascule, il faut rassurer la population en jouant la transparence et en donnant l’impression que la situation peut être maîtrisée pour favoriser les initiatives personnelles positives en développant les comportements emphatiques, responsables et solidaires pour battre en retraite le laxisme individualiste irresponsable.

Fort de ces considérations, il est maintenant unanimement reconnu deux premières erreurs gouvernementales anxiogènes : le scandale initial de la pénurie des masques suivi de celui des tests de PCR, inutiles épidémiologiquement au fait de leur résulta trop tardifs à 7 jours et financièrement exorbitant, avec des files d’attente en laboratoires dignes des plus grands moments des restrictions de la guerre !


Aujourd’hui on monte très rapidement sur la troisième marche de l’escalier de la peur avec le scandale des lits de réanimation renforçant l’angoisse panique publique.

A partir de 5 000 lits lits de réanimation au départ, et en ayant pu « armer » presque 10 000 lits au cours de la première vague de la Covid 19, le désert de la réanimation a regagné du terrain, malgré la promesse de commande de 10 000 respirateurs pour pallier le déficit. A l’aube de la seconde vague le discours politique botte en touche en relevant non pas le problème du nombre de lits mais celui du nombre de personnel qualifié pour faire tourner ces lits ! Puis tombe la parole présidentielle au cours d’une visite hospitalière en ne soulevant ni le problème de lits, ni celui du personnel, mais celui d’un problème « d’organisation », comme pour repousser la faute sur les Agences Régionales de Santé (ARS), elles-mêmes statutairement responsables de cette organisation. Faut-il rafraîchir les mémoires pour rappeler que la grande grève des internes des hôpitaux, initiée à partir de la loi du ministre communiste de la santé Jack RALITE (loi du 23 décembre 1982 n°82-1098 au J.O. du 26 novembre 1982 page 3 861 voulant instituer quatre filières médicales). Cette grande grève a bloqué le fonctionnement hospitalier pendant 41 jours (du 10 mars 1983 au 23 avril 1983), en refusant entre-autre en premier plan la fermeture des lits et le budget global des hôpitaux…


Dernièrement, les arrêtés de l’état d’urgence imposent la fermeture des établissements privés pour la chirurgie réglée dans l’hypothèse de ne pas surcharger les services officiels de réanimation. C’est effectivement la mission régalienne de l’hôpital public d’assurer la sécurité sanitaire de la population, même jusqu’à la saturation. Mais à ce stade les politiques agitent alors le spectre du choix éthique du tri thérapeutique. C’est avant ce stade que le gouvernement doit rassurer et non pas catalyser l’angoisse et la peur. Ce moment est arrivé ! Avant qu’il ne soit trop tard, il existe une solution !

Le secteur des établissements MCO des cliniques et Hôpitaux Privés (Médecine Chirurgie Obstétrique) sous contrat  représente plus de 8 millions de séjours, 67 000 lits et places au sein des 685 établissements de santé, 132 services d’urgence privés sur le territoire avec 2,2 millions de passages dans ces services, 25% de patients CMU,CMUC et AME, 45 000 praticiens libéraux et salariés, 156 000 infirmières, sages-femmes, aides-soignantes, administratifs et hôteliers, et en pourcentage  du territoire 25 % de séjours médicaux, 54 % des séjours chirurgicaux, 67 % de la chirurgie ambulatoire et 27 % des naissances. 

Il faut souligner ici l’exemplaire réponse de la région Rhône Alpes pour sa coopération entre ce secteur privé et l’ARS (Agences Régionales de Santé), le premier mobilisant des capacités pour « armer » des lits médicaux (non de réanimation) facilitant les prises en charges aiguës mais légères et les « post-Covid-réa » ne nécessitant qu’un simple complément de suivi hospitalier, le second acceptant une autorisation préalable anticipée de 20 lits de réanimation dans une clinique avant l’autorisation administrative… (qui en faisait la demande régulière à la CSOS depuis 15 ans…) … mais seulement 20 lits!

Cependant, la presque totalité des personnels médicaux et para- médicaux sont au chômage technique, en particulier les médecins anesthésistes réanimateurs et les Infirmières et les Infirmières Anesthésistes Diplômées d’Etat (IADE) restent au chômage technique, mais tous prêts, sur la base du volontariat, à s’investir dans leur responsabilité Covid. En même temps le matériel disponible (locaux, bloc opératoires, respirateurs, salles SSPI-Salle de Surveillance Post Interventionnelles) reste inexploité. Chaque bloc opératoire, selon sa taille peut être « armé » en deux ou trois lits de réanimation, chaque salle de SSPI peut aussi être « armée » aussi facilement, chaque lit d’hospitalisation peut être transformé en lits « Covid-moins » et « Post-Covid ». En une semaine, si l’état (qui distribue les milliards large-manu pour l’économie), paye le prix de la santé au secteur privé (5 000 € / jour le prix d’un lit de réanimation hospitalière publique), ce secteur peut « armer » très rapidement entre 10 000 et 15 000 lits de réanimation. Le seul moyen efficace, rapide et solidaire pour mettre le couvercle sur la marmite ! … J’entends déjà les remarques caciques voulant réserver l’ultra spécialité hospitalière publique pour la prise en charge en réanimation de la Covid 19. Quelle infantilisation peu confraternelle à l’intention du personnel privé ! Effectivement certains spécialistes anciens peuvent très honnêtement reconnaître leur incompétence en la matière, du fait de leur cantonnement pendant de nombreuses années à une seule partie de leur spécialité, et refuser alors de s’engager sur la base du respect du volontariat. Mais c’est alors volontairement méconnaître qu’aujourd’hui près de 75% des spécialistes privés ont suivi une formation identique à celle des hospitaliers souvent leurs camarades de promotion, dans les mêmes services, en raison du passage par l’internat et l’assistanat, leur conférant ainsi les mêmes capacités professionnelles.


Monsieur le Président, Messieurs les Ministres, Messieurs les députés et sénateurs, Messieurs les directeurs généraux des ARS, Messieurs les Préfets et Maires, la solution existe donc mais la décision responsable vous en revient pour éviter le chaos sanitaire.


Docteur Patrick CARLIOZ

Ex Praticien Hospitalier

Chirurgien Pédiatre Libéral Exclusif

Membre de l’Académie Nationale de Chirurgie

Vice-Président de l’URPS ML- AuRA (Union Régionale des Professionnels de Santé Médecins Libéraux de la Région Auvergne Rhône Alpes)

Conseiller Ordinal du Rhône

Membre du Conseil d’Administration de la CARMF

Auteur « Du syndicalisme à la convention, l’histoire d’un long fleuve pas si tranquille » 2013 / 672 pages


03/11/2020



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