POLAR

Date de publication : 15/11/2020

POLAR

Descente infernale

C’est à 50 ans que Patrice Gain, ingénieur en environnement dans la vallée du

Giffre, en Haute-Savoie s’est mis à écrire. Il vient de publier son quatrième livre, Le sourire du Scorpion, un roman noir remarqué. Il raconte son parcours. Propos recueillis par Maud Guillot



Comment devient-on écrivain à 50 ans ?

Patrice Gain : Je suis originaire de Nantes. J’ai quitté cette région à 18 ans. Je vis depuis très longtemps dans la vallée du Giffre. Ingénieur en environnement spécialisé dans les espaces naturels, je suis un passionné de montagne. J’ai travaillé longtemps comme moniteur d’escalade pour l’UCPA et je suis pisteur secouriste. J’avais envie de transmettre ce que je vivais et voyais au quotidien. J’ai donc écrit des topoguides, des articles pour des magazines de montagne, Détours en France ou Montagnes Magazine…


Mais un roman, c’est tout de même une autre démarche ?
J’ai toujours beaucoup lu. J’ai découvert Steinbeck à 12 ans. La littérature m’accompagne depuis longtemps. Mais je ne sais toujours pas pourquoi j’ai bifurqué vers le roman. En fait, je suis influencé par la marche du monde. J’avais été marqué par l’histoire des migrantes somaliennes, fuyant les milices Shebab mais aussi par l’affaire de l’Arche de Zoé où une association avait tenté d’enlever des enfants africains. C’est autour de ces thématiques que j’ai rédigé mon premier livre : La Naufragée du lac des dents blanches.


Cette intrigue n’avait pas grand-chose à voir avec l’univers de la montagne…
Si, car mon héroïne, Saamiya qui est à la recherche de sa fille, se retrouve dans les Alpes. Elle fait la rencontre de deux marins bretons, venus se ressourcer près d’un lac haut perché, et d’un vieux guide. Ils vont former un quatuor improbable, dans un roadmovie jusqu’au Canada. Bien sûr, ils devront dépasser leurs préjugés. C’est un livre à la fois très noir car il commence par une lapidation mais aussi plein d’espoir.


Avez-vous trouvé un éditeur facilement ?
Non, personne n’en a voulu ! J’en avais un autre qui était prêt : Denali, l’histoire d’un ado du Montana, malmené par la vie mais qui tente de renouer avec ses origines. Je l’ai également envoyé à une dizaine d’éditeurs. Flammarion voulait le prendre mais le Mot et le Reste a accepté de publier les deux romans ! C’est comme ça que mon aventure littéraire a commencé.


Vous avez enchaîné avec Terres Fauves, finaliste du Grand Prix de Littérature Policière 2019…
Oui, là on suit les traces d’un écrivain new-yorkais ou plutôt prête-plume d’un homme politique. Il doit se rendre en Alaska pour rencontrer un alpiniste capable de raconter des anecdotes valorisantes sur le politicien. Mais il va se retrouver pris dans un engrenage infernal…


Votre nouveau livre, le Sourire du Scorpion, est également un polar. D’où vous est venue l’idée de l’intrigue ?
En écoutant la radio. En 2011, un criminel de guerre serbe a été arrêté près de Lyon. Il était accusé d’avoir participé au génocide de Srebrenica et de Trnovo. Pour les gens de ma génération, la guerre des Balkans a été particulièrement marquante. Cette confrontation temporelle m’a interpellé. Ce criminel avait été arrêté à deux heures de chez moi. Je me suis demandé comment son entourage avait pu se relever en apprenant qu’il avait fréquenté fortuitement un personnage pareil…


Comment avez-vous travaillé ?
C’est un roman noir plus qu’un polar car l’intrigue est avant tout psychologique. On est loin de la chasse à l’homme, et des scènes d’action avec des rebondissements. Le livre commence dans le canyon de la Tara au Montenegro. Un couple de saisonniers et ses deux enfants, Tom et Luna, participent à une descente en raft, accompagné d’un guide serbe Goran. Il y a bien sûr un drame. J’évoque à un moment le livre Délivrance de 1970, adapté au cinéma par John Boorman. Ça contribue à l’atmosphère pesante. Mais ce n’est que le début de l’intrigue… Il y a ensuite la béance de l’absence.


Pourquoi avoir choisi comme narrateur l’adolescent de 15 ans ?
Ces ados ne connaissent pas la guerre des Balkans donc ils découvrent cette réalité. Je souhaitais surtout suivre cette famille, son délitement…, confronter les personnages à cette situation si particulière qu’est la mort d’un proche. Les ados, qui sont jumeaux ont une personnalité très contrastée. Ils s’éloignent sans heurt après le drame. C’est cette ambiance qu’il m’intéressait de traiter.


Que vous apporte l’écriture ?
Pour écrire, j’ai besoin d’entrer dans une bulle particulière. C’est très excitant. On se soustrait du monde pour vivre avec ses personnages. On leur amène ce que l’on est. Il y a tout un remue-méninges intérieur qui se met en place. Cette étape me plaît énormément. L’écriture est ensuite plus ou moins facile. Je rédige beaucoup la nuit, mais le lendemain, je relis et régulièrement, je trouve ça moyen voire mauvais ! Donc je recommence. C’est une certaine souffrance, tout en étant un immense plaisir. 


On sent effectivement que le style est travaillé…
Oui, je tiens à la qualité littéraire du texte. Ce n’est pas parce qu’on écrit un roman noir qu’il faut négliger le style. L’idée première de l’intrigue ne peut pas se suffire à elle-même. J’essaie de faire de la qualité. Je ne sais pas si j’y arrive toujours mais c’est ma quête. Le Sourire du Scorpion est bien reçu par la critique et le public.


C’est important pour vous ?
Bien sûr. On écrit pour être lu ! C’est agréable. Mais je suis chaque jour étonné. J’ai eu un article dans Télérama, Libération et une chronique sur France Inter. Mais le fait d’être plongé dans un autre texte me préserve de l’euphorie…


Quel est justement votre nouveau projet de livre ?
Mon prochain texte portera sur un voyage scientifique en Sibérie. Ce sera de nouveau un roman noir avec en toile de fond un sujet qui me tient à coeur, le réchauffement climatique. Puisque j’ai fait une thèse sur le sujet dans les Alpes. Il devrait sortir dans quelques mois.


Patrice Gain, Le Sourire du Scorpion,  éditions Le Mot et le Reste. 19 €


Entretien paru dans le N°12 de Mag2Savoies, trimestriel édité par Mag2Lyon

Partager

LES DERNIERES ACTUALITES


15/11/2020

Mieux mobiliser le privé : une solution pour la réanimation



15/11/2020
gérant d'Exalto et président du Syndicat des Loisirs Actifs

15/11/2020
Située à côté du Groupama Stadium à Décines, OL Vallée va accueillir de nouvelles infrastructures de loisirs en 2021


15/11/2020

Descente infernale

Entretien avec Patrice Gain, pour son livre Le sourire du Scorpion



Retrouvez-nous sur



Création de site internet: Cianeo